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Man at the airport

Nous partageons quelques réflexions sur la condition des hommes qui suivent leurs femmes à l’étranger. Nous remercions de tout cœur tous les hommes qui ont répondu à nos questions et ceux qui nous suivent depuis toujours. 

L’équipe d’Expatclic

 

Les recherches sur les hommes qui partent pour accompagner leurs femmes  dans une carrière à l’étranger sont presque inexistantes. Le peu qui a été écrit n’offre pas plus que quelques considérations, qui risquent de se transformer en clichés. Expatclic a décidé de se plonger dans le sujet, en espérant arriver à fournir une vision un peu plus complète du vécu des hommes qui quittent leur travail et leur pays pour favoriser la carrière de leurs femmes.

Nous avons contacté tous les hommes accompagnants que nous connaissons, et nous leur avons demandé de se raconter – le résultat sera publié sur le site pendant ce mois. Nous avons aussi cherché sur Internet tout le matériel possible sur les hommes accompagnants, et essayé de parler avec les deux uniques associations pour hommes accompagnantes que nous avons pu trouver, STUDS en Belgique et Guytai à Shanghai. Nous avons aussi lancé un questionnaire pour essayer de comprendre s’il existe quelques points en commun ou d’extrême désaccord sur l’expérience.

Accompanying MenCelles qui suivent sont des réflexions issues de cette période de recherche. Bien sûr, elles n’ont pas la prétention d’être exhaustives ou définitives, dans un domaine qui en plus est en constante évolution et développement. Selon une récente recherche de Global Excellence (http://www.global-excellence.com/), actuellement  20% de l’emploi à l’étranger est réservé aux femmes, et le chiffre est amené à augmenter. Bien évidemment ceci n’a aucun effet sur les politiques des employeurs. Il existe une certaine négligence dans la considération des besoins des femmes accompagnants, tout comme quand c’est l’homme qui accompagne.

Comment vivent donc les hommes l’expérience de quitter leur propre travail chez eux et d’atterrir dans un nouveau contexte culturel, où ils n’ont pas une place à niveau social, et doivent s’occuper de la maison et des enfants, s’ils en ont, et se retrouvent avec une grande quantité de temps libre à gérer ? Au delà de l’article de Julian, qui nous donne quelques réponses, nous avons analysé les réponse de 16 hommes accompagnants de nationalité française, canadienne, italienne, franco-marocaine et brésilienne, d’âge comprise entre 34 et 66 ans, et qui ont accompagné leurs femme dans des pays assez variés, de l’Amérique Latine à l’Asie, d’Israël à la Bosnie Herzégovine.

Il y a, bien évidemment, des facteurs liés à l’adaptation à une culture différente qui sont communs tant pour les femmes que pour les hommes, et qui peuvent, dans certains cas, déterminer le succès ou l’échec d’une expérience à l’étranger. En général pourtant, l’homme qui décide d’accompagner sa femme a une dose de flexibilité supérieure à la moyenne, car à la base de son choix il y a la renonciation consciente d’un rôle que lui est typiquement attribué dans la plupart des sociétés dans le monde : celui de maintenir la famille.  Et si le rôle qu’il assume au moment de suivre sa femme commence à être largement accepté dans les cercles d’expatriés, il continue à provoquer des réactions contradictoires dans les pays d’accueil. A la question « comment réagissent les gens quand vous leurs dites que vous avez suivi votre femme et que c’est elle qui travaille », tous ont dit que les réactions vont de la surprise, à l’admiration, de l’envier à l’incompréhension – avec la seule exception d’un homme qui accompagne sa femme aux Etats Unis, où apparemment la chose est considérée normale. Comme pour la femme qui accompagne, l’homme doit aussi justifier de quelque façon sa présence, qui n’est pas motivée par un travail sur place. Toutefois, alors que la femme s’intègre parfaitement à l’image de l’ange du foyer qui passe ses journées à accompagner ses enfants à l’école et aux fêtes, et à faire les courses, l’homme qui pousse la poussette en plein jour se réfère malheureusement, dans beaucoup de sociétés, à une image de faiblesse. La pression qui en résulte peut devenir pour beaucoup extrêmement lourde, et se traduire souvent dans un mécontentement qui trouve un exutoire dans la couple.

Expat manPourtant les problèmes de couple n’ont pas été mentionnés dans notre enquête – à part dans un cas – parmi ceux qui pèsent sur l’homme accompagnant. La plupart a nommé deux ordres d’obstacles à une expérience heureuse : solitude et sentiment d’isolement, et difficultés à maintenir en vie sa propre carrière. En ce qui concerne la solitude, c’est tout à fait compréhensible, d’autant plus que l’homme, en général, ne compte pas sur une série de réseaux d’appui que les femmes sont si capables de créer. Comme expliqué plus haut, nous n’ avons pu trouver que deux associations créées par et pour des hommes accompagnants – STUDS à Bruxelles et Guytai à Shanghai – alors que la liste d’associations féminines partout dans le monde est très longue. Aucun des répondants a trouvé dans son pays d’accueil (mais beaucoup reconnaisssent ne pas avoir cherché) des association d’appui spécifiques pour l’homme qui accompagne. Ces réalités, qui pour les femmes sont essentielles à différents niveaux – pour se faire des amitiés, connaître le pays d’accueil, trouver des possibilités d’emploi, et bien s’organiser dans la vie quotidienne pour une meilleure qualité de vie sur place – pour les hommes n’existent tout simplement pas. Et malgré des tentatives courageuses de la part de certains pour rejoindre les associations de femmes, il est encore très difficile pour les hommes de se sentir à l’aise dans une réalité qui est perçue comme fermée et étanche. L’homme recherche donc d’autres canaux de socialisation, en particulier les contacts obtenus par des amis ou à travers le travail de la femme, ou bien à travers son travail, s’il en trouve. Tous les interviewés ont affirmé avoir tissé de belles relations avec d’autres hommes qui accompagnent leurs femmes. Le partage d’une expérience qui est difficile à comprendre quand on ne la vit pas personnellement, se transforme dans un grand trait d’union. Le fait de pouvoir se détendre avec quelqu’un qui ne mesure pas le succès en se basant sur la quantité de temps à disposition, et ne critique pas si on décide de l’utiliser en jouant au tennis ou avec des promenades dans les bois, contribue certainement à renforcer les relations entre hommes accompagnants.

En ce qui concerne le travail, on rentre dans un domaine compliqué. Comme la femme qui accompagne, l’homme fait face à des difficultés très précises pour trouver sa place à niveau professionnel dans le nouveau pays d’accueil – difficultés d’ordre pratique et morale. En effet, tandis qu’une femme qui cherche du travail ne scandalise personne, l’homme au chômage représente, aux yeux de beaucoup de sociétés, l’image du défi et l’admission de son rôle de « subalterne ». En plus, en expatriation il semble y avoir des activités qui dans la mentalité collective sont réservées aux femmes (prof de yoga, de pilates, baby-sitter, etc.), et qui réduisent drastiquement le domaine du travail pour l’homme, qui, dans sa recherche de travail à l’étranger, se sent souvent poussé à considérer que des professions suffisamment « viriles ». Pour terminer, un trou dans le cv professionnel d’une femme, s’il reste contenu et accompagné par quelques périodes de volontariat ou autre activité, ne pose pas d énormes problèmes au moment de reprendre une carrière, alors que pour l’homme il peut être un grave élément préjudiciable.

Uomo accompagnante2Bien évidemment il existe aussi des aspects propres à la vie à l’étranger qui constituent un enrichissement à l’expérience – même professionnelle – de l’homme qui suit. Ceci est particulièrement vrai pour ceux qui ont un profil professionnel facilement utilisable à niveaux international (informaticien, par exemple), ou qui ont des carrières transportables ou peuvent jouir de grands avantages en vivant à l’étranger. Pour beaucoup, apprendre une nouvelle langue, se rapprocher d’une nouvelle culture, ou profiter d’un séjour à l’étranger pour suivre un cours d’études spéciales ou acquérir une nouvelle technique locale, peut constituer un énorme avantage. Ceci, avec l’indéniable enrichissement que l’expérience apporte à toute la famille, et en particulier aux enfants, est souvent la raison pour laquelle les hommes qui accompagnent déclarent être heureux de leur choix. Parmi nos interviewés, personne ne s’est exprimé de façon négative face à la question : « Comment est-ce que vous jugez l’expérience globalement ? ». Même en citant quelques obstacles, personne n’a nié que vivre à l’étranger, indépendamment de qui travaille dans le couple, soit une expérience importante et enrichissante. Dans le cas des peu d’hommes qui arrivent à se libérer des clichés et de la pression sociale, il y a aussi la joie de pouvoir profiter pleinement de périodes de temps libre, de la possibilité de se concentrer sur soi même et peut-être, pourquoi pas, aussi d’avoir une relation privilégiée avec les enfants. Ces aspects sont sans doute en contradiction avec l’esprit de beaucoup d’hommes, en particulier les générations après les quarante ans, mais ceux qui parviennent à appliquer une élasticité suffisante pour pouvoir en profiter, arrivent à se renforcer et à se développer ultérieurement  en tant qu’êtres humains.

Peut-être le caractère atypique de la situation rend-elle difficile pour les hommes de se placer dans l’expérience de façon sereine, mais ceci est quelque chose qui va arriver avec le temps. Le monde change, les frontières culturelles s’estompent, de nouveaux métiers naissent et les échanges et la mobilité augmentent. Certes, même les coordonnées de l’expérience de l’homme accompagnant vont changer dans un futur proche.

Nous voulons terminer cet article avec la phrase d’un des participants à notre enquête, c’est à dire que au delà de toutes considérations « les gens doivent se rendre compte que dans ce moment ce qui compte n’est pas qui amène le pain à la maison, mais d’avoir du pain pour les enfants ! ».

 

Septembre 2013
Mise à jour Décembre 2015