Home > Art et Culture > Voyages > Besoin de respirer – une vie de nomade

Merci à Tess davoir partagé son incroyable histoire avec nous. Tess a grandi en Suisse dune mère portugaise et dun père autrichien. Elle a vécu au Portugal, en Namibie, Australie, Angleterre et Thaïlande. Son envie de voir le monde a démarré dès son plus jeune âge lorsquelle a décidé de passer Noël à New York avec son petit ami, elle avait alors 16 ans. A 17 ans, elle a quitté la maison pour apprendre langlais en Australie. A 21 ans, elle est partie vivre en Namibie. Sa vie n’était que nouveaux départs pour satisfaire son besoin de bougeotte. Elle parcourt toujours le monde – plus besoin de senfuir maintenant.

Traduit du français par Anne Zarella

 

Ma vie de nomade a démarré très tôt. Je pense que d’avoir des origines multi-culturelles vous destine aux voyages. Je n’avais que quelques mois quand mes parents m’ont emmenée en avion voir ma famille au Portugal – pays d’origine de ma mère. Etre d’origine portugaise et autrichienne et d’avoir grandi en Suisse m’a souvent donné l’impression d’être de nulle part. J’avais plutôt l’impression d’appartenir au monde entier. Enfant, j’écrivais des histoires sur des pays lointains et je rêvais de rencontrer des gens que je n’avais jamais rencontrés.

Tess5J’ai toujours été passionnée par les autres cultures : le Portugal était ma seconde maison et j’ai parlé couramment 5 langues. Alors que certains de mes amis parlaient de s’installer dans la ville où ils étaient nés et où ils avaient grandi, j’étais physiquement malade à cette idée. Je n’ai jamais compris qu’on puisse être heureux de passer toute sa vie au même endroit. Maintenant, je réalise que je n’avais pas ce que beaucoup de gens ont : « des racines ». Même si je suis née en Suisse, mon sang n’est pas suisse. Même si je suis à moitié portugaise, les gens au Portugal pensent que je suis une touriste car j’ai le teint clair, je suis blonde …. enfin tout sauf méditerranéenne. Je ne suis allée que deux fois en Autriche et je n’ai aucune relation avec la famille de mon père – ou avec mon père d’ailleurs – donc je ne me considère pas comme autrichienne. C’est étrange de grandir sans racines. On a l’impression de n’être à sa place nulle part – même chez soi. Quand on me demande « D’où êtes-vous? », je ne sais trop que répondre et mes réponses sont peu claires.

Ma mère est décédée juste avant mon 18ème anniversaire et à la fin de ma scolarité, avant d’intégrer l’université, j’ai ressenti le besoin de partir pour me « trouver » et panser mes blessures. Dans sa jeunesse, ma mère avait passé quelques années au Mozambique, ancienne colonie portugaise, et la culture l’avait profondément influencée. Elle me racontait des histoires basées sur ses aventures et sa vie en Afrique. J’en étais devenue très curieuse de découvrir ce continent. Par un concours de circonstances, je me suis retrouvée en Namibie à 21 ans , sur les pas de ma mère, et j’y suis restée trois ans.

Tess4Un jour, je roulais avec un ami de Windhoek à Swakopmund, tranquille petite ville côtière, à environ quatre heures de route, mon petit ami de l’époque nous avait pris à l’arrière de son pick-up – ou « bakkie » comme l’appellent les Sud-Africains. Nous avions pour nous allonger un fin matelas de mousse et quelques couvertures pour nous couvrir et nous avons passé le trajet allongés sur le dos à regarder le ciel, riant et sentant la chaleur du soleil africain sur notre peau. Cette petite aventure a changé ma vie car j’ai réalisé que je ne pouvais plus rentrer « à la maison » et prétendre que rien ne s’était passé. J’avais vu ce que la vie avait à offrir. L’Afrique était imprimée au fer rouge dans mon âme. Elle faisait maintenant partie de moi. Il existait surement un endroit où je pourrais m’installer et avoir une belle maison à moi – un endroit où je me sentirais chez moi?

Trois mois plus tard, j’ai demandé des équivalences pour obtenir mon diplôme en ligne, j’ai vendu pratiquement tout ce que j’avais et ai déménagé en Namibie pour de bon. Ou du moins je le pensais. Ce fut une période mouvementée car je me découvrais et, pour être honnête, je me sentais perdue. J’errais dans ma vie en essayant de ne pas perdre la tête. J’avais espéré m’installer. Chaque fois que je rentrais en Suisse, je disais à tout le monde que je vivrais en Afrique pour toujours. Mais je me suis rendue compte que, là non plus, je n’y étais pas à ma place. Là aussi, j’étais l’étrangère. Parfois, les gens doutaient de mes intentions et pensaient que je manigançais quelque chose. « Elle a quitté l’Europe pour vivre ICI? Il y a quelque chose qui cloche chez elle ! ». Une femme a même dit à mon petit ami de l’époque « méfie-toi des femmes européennes. Elles jouent avec ta tête et te causeront des problèmes ». Je me tenais juste à côté de lui.

Tess2J’avais cru que de voyager à travers la Namibie et d’y vivre aurait satisfait mon besoin de bouger pour toujours. J’aurais enfin compris. L’envie de voyager m’aurait quittée et je serais enfin « normale » comme tout le monde et je me marierais à quelqu’un de bien, j’achèterais une maison et vivrais heureuse jusqu’à la fin de mes jours. Alors, j’ai cherché cette vie conventionnelle et j’ai essayé de « travailler » sur moi. Si je jouais bien le jeu, à un moment, je tomberais amoureuse de la normalité – j’en étais certaine. Mais ma relation amoureuse a échoué. Je lui en ai voulu de m’avoir traînée en Afrique pour être avec lui – même si ce fut mon choix. J’étais jeune et naïve. Et j’étais très en colère. En fait, et je le sais maintenant, je cherchais à m’adapter et être quelqu’un que je n’étais pas. Vous pouvez le faire pendant quelques temps avant que la réalité ne vous rattrape et vous frappe en plein visage. Un ballon en baudruche poussé sous l’eau remontera inévitablement à la surface. C’est de la physique. C’est logique. Vous pouvez travailler sur vos défauts – mais vous ne pouvez pas devenir quelqu’un que vous n’êtes pas.

Atteinte par l’envie de voir le monde à nouveau, avec un vide à l’âme pour avoir essayé de m’adapter pendant des années, je suggérais avec précaution à mon petit ami l’idée de quitter l’Afrique. Il aima l’idée. Pour faire court : nous avons déménagé en Angleterre, nous nous disputés, nous avons rompu. Entretemps, j’ai obtenu des équivalences, obtenu mon diplôme à Londres et ….. je ne suis jamais retournée en Afrique – mais j’étais diplômée! Je suis restée à Londres six ans, ce qui est une longue période pour moi. La plupart des personnes que j’y ai rencontrées avaient une histoire internationale, comme moi étaient sans racines et perdues ou ne trouvaient pas leur place dans le monde. Je me voyais vivre à Londres pour le restant de mes jours. Tess3C’était la première fois que je me sentais chez moi, et pour cela, Londres aura toujours une place spéciale dans mon coeur. J’ai alors déménagé dans la campagne anglaise. La vraie campagne anglaise. Où j’étais l’étrangère encore une fois. Je me sentais seule. Et ma « maladie » et mon « agitation » ont frappé à nouveau. J’ai commencé à rêver à tous ces lieux à visiter. Peut-être y avait-il plus à voir? Peut-être y avait-il plus à la vie : quelque chose de plus simple mais plus riche et plus proche de moi, de mon vrai moi? Peut-être que rien ne clochait chez moi? Peut-être que je suis destinée à parcourir le monde. J’ai arrêté de considérer mon besoin de voyages comme un problème. J’ai accepté le fait que c’était une partie de moi. C’était ce que je suis! Quelques mois plus tard, je quittais mon emploi dans le privé, vendais tout ce que je possédais, une fois de plus et achetais un aller simple pour le Népal. Depuis je voyage. Je ne ressens plus le besoin de m’enfuir. Je ne cherche plus à me conformer à ce qu’on attend d’ « une vie normale ». Je suis née sans racine. Et peut-être que je n’en aurais jamais et ce n’est pas grave. Parce que, en les recherchant, j’ai sans le vouloir trouvé autre chose : moi-même.

 

Serendipity Tess
Juin 2015

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