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Polémique en Espagne sur la tauromachie Stampa E-mail

Linexpat,
Avril 2007

Bien que l'auteure de cet article ne soit pas indifférente à cette polémique, cet article a pour but d'être neutre et informatif.

Pour ou contre, le sujet des taureaux en Espagne ne laisse personne indifférent.

Le taureau est l'un des symboles des plus importants du pays. Il est même possible de voir de grandes pancartes représentant le taureau d'Osborne (marque de vins,...) sur les routes espagnoles. Cependant, même si le taureau en tant que symbole de l'Espagne n'est pas en lui-même un sujet de controverse, les fêtes impliquant cet animal, elles, le sont. Parmi ces fêtes, les plus connues: les corridas et les encierros (lâchers de taureaux).

Qu'est ce qu'une Corrida?
Il s'agit de la fête espagnole la plus connue et la plus ancienne du monde.
Il existe deux types de corridas : le Rejoneo, c'est-à-dire celle où le torero est à cheval (qui n'a plus aucune valeur commerciale), et celle où le torero est à pied.

Avant d'entrer sur la place, le taureau passe 24 heures dans le noir, dans le but de le désorienter à son arrivée dans l'arène, en raison de la lumière et des cris du public. De plus, on lui injecte une série de produits afin de l'affaiblir, et juste avant de sortir, une pommade grasse lui est appliquée sur les yeux pour rendre sa vision plus difficile. Malgré tout cela, si le torero pense que le taureau est encore trop fort, il peut donner l'ordre au picador (qui se trouve derrière les barrières) de lui planter une lance dans le dos afin de le faire saigner, et donc de l'affaiblir. Le torero plante les banderilles sur le dos de l'animal, puis finalement une épée de 80 cm jusqu'à ce que ce dernier meurt. C'est alors que le torero coupe les oreilles et la queue de l'animal.

Qu'est ce qu'un encierro?
Il s'agit d'une tradition espagnole qui consiste à courir devant un troupeau de taureaux (ou de vachettes selon les cas) dans les rues de la ville ou du village. La fin de la course a généralement lieu dans l'arène. Le but est de courir le plus près possible des animaux sans les toucher ni tomber. Des coureurs professionnels, mais aussi des touristes et badauds inexpérimentés, qui tombent et provoquent des bouchons, participent à ces fêtes, ce qui est très dangereux, et dans certains cas, mortel. Les spectateurs se situent derrière des grilles et barrières, et regardent passer les coureurs et les taureaux qui, parfois, se dirigent vers eux et provoquent des accidents, quelquefois extrêmement graves.

Les encierros les plus connus d'Espagne sont:
- les Sanfermines (Pamplona - Navarra, du 7 au 14 juillet)
- les encierros de San Sebastián de los Reyes (Madrid - 28 août)
- les encierros de Cuellar (Segovia)

Comment le torero est-il considéré en Espagne?
Dans l'histoire de la tauromachie, l'image du torero a toujours été un sujet d'intérêt public, qu'il s'agisse de sa vie professionnelle ou personnelle. En effet, les toreros ont souvent été rapportés au monde du spectacle. Beaucoup d'entre eux sont également connus par un surnom, que bien souvent les fans ont choisi avec tendresse. Tel est le cas, par exemple, de Jesulin de Ubrique, Francisco Rivera “Paquirri”, Francisco Rivera Ordoñez, Manuel Laureano Rodríguez Sánchez “Manolete” entre autres. Lorsque le torero est blessé pendant une corrida, cela devient un sujet d'information dans les journaux télévisés et la presse, et le public suit avec attention les avancées de son état de santé.

Détracteurs et partisans
Il existe principalement deux groupes de personnes anti-taurins: les personnes qui sont contre les corridas uniquement (quand l'animal meurt à la fin), et les détracteurs de toutes les fêtes où un taureau est impliqué.

Bien que l'on dénote une légère diminution du nombre d'amateurs (55 % dans les années 70, 31 % en 2002), les corridas de taureaux et autres fêtes taurines en général sont toujours motifs de concentration et de jouissance pour beaucoup, en particulier où il existe de bonnes arènes (La Maestranza de Séville, Las Ventas à Madrid). Cependant, c'est surtout dans le Sud du pays qu'il y a le plus d'adeptes, où 37 % de la population se déclare ouvertement amatrice. 

Les uns considèrent les corridas et autres événements taurins comme une expression culturelle et un art typiquement espagnol. D'autres en revanche, et pas seulement les groupes écologistes mais des personnes en faveur des droits de l'animal, les voient comme une injustice et une torture inutile, qui ne fait que ressortir les instincts les plus primitifs de l'être humain, et cela en plein XXIème siècle.

Les manifestations anti-taurines
Il n'est pas inhabituel, lors d'une promenade dans les rues, de voir des stands contenant de la documentation sur les fêtes taurines, ainsi que des pétitions en faveur de "l'illégalisation" de ces événements.

Que ce soit dans le Sud ou dans le Nord, à l'Est ou à l'Ouest, les manifestations anti-taurines se succèdent sur tout le territoire espagnol. À Barcelone, après la manifestation du 26 juin 2007, convoquée par PACMA, qui réunit plus de 4000 personnes (la plus grande manifestation de l'histoire), les anti-taurins profitèrent de la fête de la ville pour en organiser une autre, le 23 septembre, devant Plaza Monumental, unique arène de la ville où se réalisent les corridas de nos jours.

Artistes et personnalités du pays se déclarent aussi ouvertement contre les corridas de taureaux. Tel est le cas de Lucia Etxebarria, journaliste et écrivain, qui reçut plusieurs prix, entre autres le Premio Planeta de 2004, et qui considère que la corrida de taureaux est la “science de la torture”.

Qu'en pense le gouvernement?
Bien qu'il existe un parti anti-taurin PACMA, dont le siège se trouve paradoxalement à Bilbao (Pays Basque), l'une des villes où il y a le plus de gens en faveur des fêtes taurines, le gouvernement, qu'il soit de droite ou de gauche, soutient en grande partie la tauromachie, la considérant un fait culturel et d'intérêt public, pour bon nombre de ses membres.

En plus de soutenir socialement la tauromachie, le gouvernement la finance aussi, destinant chaque année, au travers de ses administrations, plus de 500 millions d'euros sous forme de subventions (sans prendre en compte les aides accordées aux éleveurs), ce qui représenterait annuellement, pour chaque famille, 45 euros de ses impôts. Cette année par exemple, l'Andalousie (région du Sud de l'Espagne) a destiné 2,5 millions d'euros en actions de marketing sur les fêtes taurines.

 

Les autres fêtes espagnoles impliquant des animaux
En Espagne, il existe de nombreuses fêtes qui impliquent des animaux, non seulement des taureaux (bien qu'ils représentent 95 % des animaux maltraités lors de fêtes populaires), mais aussi des vachettes, des chevaux (bon nombre des chevaux qui participent aux corridas sont si gravement blessés qu'ils en meurent, dans d'autres fêtes, ils doivent traverser des bûchers), des chèvres et des dindons (jetés du haut de clochers), des coqs (combats), des fourmis (aspergées de vinaigre), ... ce qui représenterait le mauvais traitement et/ou le sacrifice d'environ 60.000 animaux chaque année.

Parmi ces fêtes, le lâcher de canard à Sagunto (Valencia), où il s'agit de lancer les canards en l'air et de les rattraper, de quelque façon que ce soit, même s'ils en meurent. Le 5 octobre 2007, Le Tribunal Supérieur de Justice a annulé la résolution administrative qui autorisait la célébration de cette fête en 2005. L'opinion publique est partagée.

Le Taureau de la Vega est une autre fête qui se célèbre début septembre, à Vallisoletana de Tordesillas depuis le XVème siècle. Il s'agit de poursuivre à cheval et avec des lances, un taureau jusqu'à ce que l'animal meurt (jusqu'à il y a quelques années, la personne qui tuait le taureau recevait l'"honneur” de lui couper les testicules).

Les Taureaux de Feu, très répandus sur toute la région de Valence et Soria: à Medinaceli (Soria), la fête du taureau ”júbilo” se célèbre depuis le XVIème siècle. Le taureau, dont les cornes sont enveloppées de matériel inflammable, est lâché dans les rues de la ville. 

Le Taureau de San Juan: fête célébrée à Coria (Cáceres), du 23 au 28 juin, depuis le XVIème siècle, et déclarée d'intérêt touristique: le taureau est lâché dans les rues de la ville entourée de murailles, et devient la cible sur laquelle tous les participants doivent lancer des soplillos (grosses épingles). À la fin, le taureau est tué d'un tir.

Ces dernières années, plusieurs fêtes ont été interdites:
- Jeter une chèvre du haut du clocher, à Manganesos de la Polvorosa (Zamora) - désormais, les habitants jettent une chèvre en carton ou en pierre.
- Les coqs de Guarrate (à Zamora): des hommes à cheval devaient équarrir des coqs avec une épée.
- La dinde de Cazalilla (Jaén): il fallait jeter une dinde du haut du clocher de l'église du village.

Et tout cela, sans prendre en compte les fêtes qui se célèbrent toujours, illégalement, qu'il s'agisse de corridas illégales ou de combats de coqs.

Le traitement des lévriers en Espagne pose également problème depuis quelques années. En raison de leur vélocité, les chasseurs achètent ces chiens pour la saison de chasse, et s'en débarrassent une fois celle-ci terminée. De nombreux chiens ont été retrouvés pendus à des branches d'arbres dans les bois de la province de Tolède, bien que cette tuerie soit présente sur tout le territoire espagnol.