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Sylvia Dorance a écrit pour Expatclic un article passionant, dans lequel elle nous parle de la pédagogie active dans le cadre d’une scolarité en expatriation. Sylvia a fait de la pédagogie son centre de vie: enseignante, rédactrice en chef de différents magazines pour enfants, auteur et directrice de collections pédagogiques, encyclopédiques et documentaires (Retz, Hachette, Magnard, La Martinière, etc.), elle est l’ideatrice de l’Ecole Vivante, une initiative animée par une équipe de spécialistes dans la pédagogie moderne.  Merci Sylvia !!!

 

L’école expat

Tout le monde n’a pas la chance d’être expatrié dans un pays dont les écoles françaises (ou les écoles tout court) permettent aux enfants de suivre une scolarité parfaite. Le cas contraire est même beaucoup plus fréquent. Les mères expatriées qui ne travaillent pas se lancent donc souvent dans la pratique du homeschooling, plus par nécessité que par goût, et –surtout si elles n’ont aucune notion de pédagogie– sans trop savoir comment s’y prendre. On peut comprendre leur angoisse.

Or les conditions sont réunies pour que cela se passe magnifiquement. Mais les mamans ne le savent pas toutes. Si j’écris cet article, c’est pour vous le prouver, à vous qui êtes dans cette situation, et aussi pour vous suggérer, puisque vous avez le choix, d’opter pour une pédagogie active plutôt que pour l’ennui de la sempiternelle méthode traditionnelle (CNED et compagnie).

Pédagogie active ? 

Pour apprendre à compter, on peut répéter à n’en plus finir la litanie des chiffres, ressasser la table d’addition et noircir des pages d’opérations. Au bout de quelques minutes, l’œil de l’enfant s’enfuit dans le vague, son cerveau tourne à vide, l’élève et l’enseignant s’ennuient ferme.

On peut aussi s’amuser à  compter tout ce qui nous entoure, à ajouter les doigts des pieds à ceux des mains, puis à compter les pattes du chat, à comparer avec celles des fourmis, à passer aux petites voitures, à compter les roues, les portières, avant de passer aux points des dominos… L’œil brille d’excitation et le cerveau pétille. Il arrive que des éclats de rire interrompent la « leçon ». Ce qui fait la différence ? L’action et la motivation.

L’enfant au centre des apprentissages

ecole vivante2La pédagogie active considère l’enfant comme une personne à part entière, qui aime comprendre ce qu’elle fait et pourquoi elle le fait. Elle s’occupe plus du développement et de l’enrichissement de cette personne en construction que des savoirs à lui inculquer. Les contenus et les compétences font partie de l’enseignement, bien sûr. Mais l’enfant reste l’élément central.

Cela signifie que l’on prend en compte son évolution, ses rythmes physiologiques et psychologiques, ses goûts, sa forme personnelle d’intelligence et ses particularités (droitier, gaucher, lent, rapide, rêveur, actif, inventif, curieux, secret, concret, abstrait…).

Quant à la question du « programme », pour se rassurer sur le fait qu’on le couvre bien, il y a les listes officielles de connaissances à acquérir, disponibles sur Internet, et les manuels scolaires dans les librairies. De toute façon, avec la pédagogie active, on couvre toujours largement le programme, car on travaille plus vite et plus efficacement qu’avec la méthode traditionnelle.

L’enfant, acteur de ses apprentissages

“La voie normale de l’acquisition n’est nullement l’observation, l’explication et la démonstration, processus essentiel de l’École, mais le tâtonnement expérimental, démarche naturelle et universelle,” disait Célestin Freinet, l’un des piliers de la pédagogie moderne en France. Jean Piaget, autre grand spécialiste des enfants, de leur psychologie et de la pédagogie, enchérissait : “On ne connaît un objet qu’en agissant sur lui et en le transformant.” Voilà pourquoi la personne qui enseigne, dans la pédagogie active, est plutôt là comme soutien, pour aiguiller les recherches de l’enfant, pour l’aider à faire ses propres expériences et découvertes, que pour lui fournir des contenus d’enseignement « prémâchés » (qui resteraient malgré tout indigestes !).

Dans cette démarche de recherche active, l’enfant est accompagné de façon bienveillante : il sait qu’il a droit à l’erreur, ce qui lui donne l’audace d’aller de l’avant. Il acquiert également confiance dans ses possibilités de réussite et de progrès.

Dans un tel contexte, il n’y a plus ni contrainte ni lassitude, ni pour les enfants ni pour les adultes. Les enfants sont motivés par l’intérêt et la variété de leurs activités. Ils sont actifs, de façon libre mais organisée. Ils se sentent maîtres de leur propre progression et font eux-mêmes leur programme, avec l’aide de l’adulte. C’est une pédagogie de projet et de contrat, qui favorise l’autonomie et responsabilise les enfants.

Quelques pratiques de la pédagogie active

Voici, en vrac, quelques pratiques originales de la pédagogie active. Certaines ont été plus ou moins récupérées par la pédagogie traditionnelle, mais, malheureusement, on a souvent gardé la pratique sans conserver l’esprit.

– Promenades de découverte hors de l’école.
– Expression libre (texte, dessin, arts, etc.).
– Utilisation de l’ordinateur et de l’imprimante pour « publier » les travaux des enfants et pour faire des recherches.
– Conseils d’enfants, autogestion, pédagogie de contrat, autoévaluation.
– Correspondance interscolaire.
– Fichiers autocorrectifs et matériel ludique.
– Apprentissage naturel et motivé de la lecture et de l’écriture, sans stress et sans calendrier préétabli.
– Tâtonnement expérimental.
– Grande diversité des matières d’enseignement.

L’école à la maison et la pédagogie active

ecole vivante3En lisant ce qui précède, vous avez certainement noté au passage les nombreux points qui font que la pédagogie active s’adapte parfaitement, et sans effort, à l’école à la maison. Pour ne citer que les points les plus importants :

– La déscolarisation, surtout dans un contexte expat, vient souvent d’un désaccord sur la pédagogie pratiquée à l’école. Il serait donc dommage de se rabattre sur une pédagogie aussi archaïque, ennuyeuse et contraignante que celle des cours par correspondance.
– La mère-enseignante connaît parfaitement les particularités de ses enfants-élèves. Il est plus facile pour elle de faire un enseignement différencié, tenant compte des particularités de chacun.
– Elle connaît aussi leur “histoire” et les détails de leur vie personnelle et familiale.
– Elle peut facilement suivre les rythmes de chaque enfant.
– Les enfants sont naturellement en confiance.
– Il n’y a pas de rupture entre ce qui est dit et enseigné à l’école et les valeurs de la maison.
Le débat est ouvert. Je serai heureuse de lire vos commentaires et témoignages, ou de répondre à vos questions. J’invite aussi vos enfants à nous envoyer leurs dessins, textes, photos, etc. s’ils veulent les faire paraître dans le Journal interactif gratuit de l’Ecole Vivante.

 

* La formule est de Maria Montessori, autre grande figure de la pédagogie moderne.

Sylvia Dorance
L’Ecole Vivante (http://ecole-vivante.com)
Avril 2010