Home > Vie à l'étranger > Déménagements > L’apprentissage de langues étrangères considérées comme difficiles

Le départ vers un nouveau lieu de résidence s’accompagne souvent d’interrogations relatives au problème de la langue de ce pays, car la communication est une donnée importante de notre vie quotidienne. Lorsqu’il s’agit d’un pays anglophone, ou dont la langue nous est familière (en tout cas, nous semble plus facile à apprendre), l’angoisse est moins forte car nous avons l’impression que nous serons plus facilement autonomes dans cet univers différent qu’il faudra maîtriser. Mais que se passe-t-il dans un pays dont la langue est très éloignée de la nôtre ? Nous avons demandé à plusieurs expatriés vivant ou ayant vécu dans ces lieux de nous faire part de leur(s) expérience(s).

Valérie, ex-expatriée au Liban, en Algérie et au Maroc, vit actuellement au Japon :

Enfant, expatriée avec mes parents au Liban et en Algérie, j’ai appris l’arabe de manière « naturelle ». Au Liban, scolarisée au Lycée franco-libanais pendant mes années de maternelle, l’enseignement se faisait pour moitié en français et en arabe. Et à l’extérieur aussi, la fréquentation facile d’un milieu cosmopolite a logiquement renforcé la pratique de ces langues. Puis en Algérie, l’apprentissage de l’arabe littéraire s’est poursuivi à l’école, mais seulement quelques heures par semaine, puisque j’étais scolarisée à l’école française. Dans la vie quotidienne, les gens parlent l’arabe dialectal, assez différent de l’arabe littéraire, mais facile à pratiquer au marché ou avec des gens dans la rue en utilisant de petites phrases, quelques mots, sans le parler couramment. De retour en France pendant une dizaine d’années, je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de continuer l’arabe littéraire en classe car les options de mes différents lycées ne proposaient pas cette langue. Je l’ai donc oubliée et ne l’ai reprise qu’un an au Centre Culturel Egyptien de Paris pendant mes années estudiantines, en me rendant compte qu’il m’était impossible de retrouver la fluidité d’expression mais en ayant quand même une facilité pour la reproduction de sons inexistants en langue française et un certain coup de main pour l’écriture.

Quelques années plus tard, expatriée à mon tour au Maroc, j’ai repris au départ des cours d’arabe littéraire, puis ai changé pour l’arabe dialectal car je voulais privilégier l‘expression orale afin d’être capable de communiquer dans ma vie quotidienne. Ces cours m’ont certes aidée à retrouver des mots, à pouvoir recommencer à lire, à faire des petites phrases, mais comme il y avait toujours quelqu’un qui parlait français quelque part, je n’ai pas vraiment progressé dans mon apprentissage. Cela dit, quelques mots en langue arabe lorsque vous êtes au marché ou quand vous discutez vos prix sont toujours bien accueillis et aident à une socialisation sympathique, car les Marocains sont des gens très accueillants et toujours prêts à la conversation. Mais je n’ai jamais eu l’occasion d’utiliser cette langue directement dans mon environnement professionnel, où le français et l’anglais étaient la règle, ce qui ne m’a pas poussée à consacrer plus de temps aux leçons d’arabe littéraire.

D’autre part, à la fin de mes années d’études, j’ai passé 2 ans dans une école de langue à Tokyo où j’ai appris à lire et à écrire le japonais. A cette époque, ma pratique orale a été favorisée par le fait que je ne vivais pas dans le milieu expatrié et devais me débrouiller par moi-même dans la vie quotidienne, ce qui m’a forcée à apprendre et surtout à utiliser du vocabulaire, puisque je ne pouvais compter que sur moi-même pour m’exprimer. Par comparaison avec mes amies chinoises ou coréennes, j’avoue que j’ai mis beaucoup plus de temps à maîtriser les bases de cette langue. C’était peut-être dû à la méthode d’enseignement, qui n’utilisait que le japonais et aucune traduction en anglais. Mais avec le recul, cette méthode m’a permis de réfléchir directement en japonais sans passer par des traductions dans ma tête et je la conseillerais aujourd’hui à quelqu’un qui dispose d’un peu de temps pour l’apprendre. Le japonais est une langue plutôt facile à prononcer pour un Français, la difficulté se situant pour moi dans la maîtrise des différents niveaux de langage (selon que vous parlez à votre supérieur hiérarchique, à vos amis, etc.) et dans la construction de la phrase.  Repartie du Japon pour travailler dans d’autres pays, mes contacts constants avec la communauté expatriée japonaise m’ont permis de maintenir et même de développer mes capacités orales. Revenue il y a 4 ans, cela m’a aidée à me sentir rapidement beaucoup plus à l’aise dans la vie quotidienne à Tokyo. Au bureau, j’utilise principalement l’anglais, mais les réunions hebdomadaires se tenant en japonais, je les suis sans problème, même si je m’y exprime en anglais. Sinon je communique à l’oral dans les deux langues avec mes collègues. Le fait de parler et de comprendre le japonais me permet de ne pas être « court-circuitée » par des tiers dans un univers compétitif… Cela dit, je ne me considère pas comme une spécialiste de la langue japonaise et je sais que je ne pourrai jamais écrire un texte correct dans cette langue, mais ma prochaine ambition est de réussir à mieux lire les quotidiens japonais, car cela me sert dans mon travail. On peut se perfectionner à tout âge, après tout !!!!

Ce que je retire aujourd’hui de mon apprentissage de ces deux langues assez différentes, c’est une impression d’avoir développé, grâce aux signes écrits très différents des nôtres, mes aptitudes mnémotechniques : même si pour la langue arabe, le système est assez similaire à nos langues latines, avec des consonnes sur lesquelles on ajoute des points ou des traits pour les voyelles, il faut apprendre des signes différents selon qu’ils sont placés en début, milieu ou fin de mot. Pour le japonais, c’est carrément une autre manière de penser, et il faut retenir des idéogrammes qui n’ont rien de commun avec l’alphabet latin.

Pour ma part, il me semble qu’il est très facile étant enfant de retenir n’importe quelle langue, le cerveau ayant des capacités d’éponge avant 10 ans. Mais les langues partent aussi vite qu’elles ont été retenues si elles ne sont pas entretenues.

A l’âge adulte, lorsque l’on a vraiment besoin, dans sa vie quotidienne et professionnelle, de pratiquer une langue un minimum, on progresse. Mais si l’anglais est de rigueur, que tout le personnel du bureau le parle et qu’une assistante dévouée nous aide dans notre vie quotidienne, on abandonne souvent assez vite, d’autant plus que l’on sait que l’on quittera le pays un jour….