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choc culturel

 

Dans nos vies d’expatriées, nous entendons souvent parler de choc culturel. Nous imaginons un coup puissant qui nous secoue quand nous nous retrouvons face à des choses qui sont culturellement très distantes de nous. Au cours de différents exercices que j’ai conduits dans mes séminaires, le terme choc culturel évoque dans l’imagination collective des expatriées des images très fortes et colorées, voire violentes, comme un homme dans le chaudron entouré par des cannibales, un python comme animal de compagnie, ou bien des foules d’hommes habillés de façon drôle, qui font des choses très peu ordinaires, comme rouler dans la rue ou se lancer des papayes.

En réalité, ce qui en anglais est communément défini comme culture shock décrit un processus qui peut se développer pendant une période même très longue, et se manifester de façon claire et nette ou bien se cacher dans des attitudes et sentiments qui peuvent faire partie du bagage naturel de la personne. Un exemple pour clarifier ce point: dans votre pays d’accueil vous aurez certainement rencontré à un moment donné un/e étranger/e qui maltraite une personne locale, parfois même systématiquement. La chose la plus naturelle à laquelle on pense dans ce cas est que cette personne a un mauvais caractère et qu’elle se porte de la même façon une fois chez elle. Cela pourrait être vrai, mais il se peut aussi que cette personne soit en train de réagir à sa façon au choc culturel.

En effet le choc culturel est une expérience intime et profonde qui peut avoir des rythmes et une intensité différents pour chacun de nous. Certains le vivent de façon très tranchée, d’autres pas. Beaucoup ne se rendent même pas compte de le vivre.

De façon générale nous pouvons définir le choc culturel comme un processus d’adaptation initiale à une culture qui ne nous est pas familière. Il dérive de l’interaction avec des personnes et des objets de cultures différentes, qui provoque des réactions cognitives et/ou affectives négatives ou positives, la sensation d’avoir perdu tout point de repère, une baisse de son amour-propre et l’impression d’un manque d’approbation, qui peut mener à une sensation d’inconfort etde rage. Plonger dans une ambiance culturelle inconnue signifie être privé de tout point de repère, de codes familiaux, de modes de communications nusûrs et établis, et de la sécurité qui nous vient de notre structure culturelle, qui nous protège et définit. C’est un peu comme aller nu vers une foule de gens élégamment habillés.

Quels sont les facteurs qui concrètement provoquent le choc culturel? En voici les causes les plus caractéristiques:

  • la barrière linguistique, qui nous pousse à recourir à des gestes puériles, à être plus dépendants des autres dans notre quotidien, et limite notre possibilité de communiquer
  • la manque de différents systèmes de soutien (par exemple les médecins, l’aide domestique, les institutions sociales), ou bien le peu de confiance et de familiarité vis-à-vis des nouveaux systèmes
  • conflits de valeurs, quand les valeurs de notre culture ne sont pas reconnues dans le nouveau contexte, ou sontmême avilies.
  • ambiguïté et incertitude dans différentes situations, par exemple ne pas savoir comment se comporter, ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, qu’est-ce qui est opportun ou pas au quotidien
  • désorientation communicative, c’est à dire l’impossibilité d’utiliser une myriade d’indices et allusions tant dans l’expression que dans la compréhension de ce qui nous est communiqué.
  • différences d’habitudes, de procédures, de routine, dans l’architecture, dans la nourriture etc, qui peuvent devenir trop intenses à géreret augmenter notre sentiment d’isolement

Nous ne devons pas nécessairement nous déplacer dans un nouveau pays pour éprouver le choc culturel. Même se déplacer dans une autre ville, une nouvelle école, ou dans un nouvel environnement de travail peut provoquer les émotions typiques qui accompagnent les phases du choc culturel. Ces phases, que je vais vous décrire maintenant, ne sont pas les mêmes pour tous, surtout dans leur durée. Des variables très importantes à considérer sont les expériences passées, la personnalité de chacun, et les caractéristiques principales de la culture ou de la situation qui nous accueille. Il est important de comprendre que tout concept autour des sentiments qui accompagnent l’adaptation à des cultures inconnues doit être approché de façon flexible, et conscient du fait que le but principal est de fournir des cadres généraux, dans lesquels chacun, avec sa propre expérience personnelle et ses sentiments les plus intimes, trouvera sa place ou des idées pour s’aider en chemin. Nous pouvons parfois avoir l’impression de faire face à de nouvelles cultures avec brio et optimisme, mais en réalité nous passons toujours d’une façon ou l’autre les phases typiques du choc culturel avant d’arriver à une adaptation complète. Ces phases, qui comme nous avons vu peuvent être plus ou moins douloureuses, plus ou moins aiguës, plus ou moins longues, sont généralement divisées de cette façon :

 

Première phase : Lune de miel
Nous venons d’arriver dans notre pays d’accueil et nous nous sentons pleins de curiosité, d’excitation pour la nouvelle aventure, et de bonne volonté pour nous adapter au nouveau contexte. Cette phase peut être comparée à ce qu’éprouve un touriste qui visite un pays pendant une période de temps déterminée et veut découvrir tout ce qu’il peut de l’endroit avec motivation et participation. Nous sommes fascinés par tout ce qui est nouveau, même si les contacts avec les gens et la réalité locale sont encore limités. Dans cette phase notre identité est encore bien ancrée dans notre culture d’origine ou dans celle du pays que nous venons de quitter.

Deuxième phase : Désorientation
Dans cette phase nous commençons à sentir la perte de presque tout ce qui est connu, et nous nous sentonsdépassés par les demandes de la culture qui nous accueille et constamment bombardés par de nouveaux stimuli. La désorientation conséquente nous amène à un sentiment d’insuffisance généralisée. Dans cette phase nous pourrions développer une attitude hostile envers la culture d’accueil, que nous considérons responsable de toutes le difficultés que nous rencontrons en apprenant à vivre dans un nouveau contexte. La recherche de la compagnie de nos compatriotes est emblématique de cette phase-là.

Troisième phase : Transition
Nous commençons à rentrer un peu dans notre nouvel environnement culturel. Nous en reconnaissons certains codes et nous employons des petites stratégies de fonctionnement, et commençons à trouver un équilibre de jugement entre le positif et le négatif de la nouvelle culture. Faire un peu d’humour sur nos difficultés est caractéristique de cette phase.

Quatrième phase : Adaptation
A ce niveau nous avons accepté les coutumes de la nouvelle culture et nous avons appris à y vivre sans un sentiment constant d’anxiété, même s’il peut toujours y avoir des moments difficiles. Le sentiment qui prévaut dans cette phase est de se sentir à l’aise dans les transactions quotidiennes.

Comme nous l’avons expliqué auparavant, toutes les phases ne sont pas les mêmes pour tous, surtout dans leur durée. Vous pouvez peut-être vous retrouver dans certaines et pas dans d’autres. Il y a certains symptômes qui se manifestent pendant le choc culturel et qui sont des signes révélateurs du fait que l’on est en train d’évoluer vers l’adaptation au nouveau cadre de vie. Ils incluent : frustration, malaise,plaintes fréquentes, stress, insomnie, désorientation, fatigue, sensation d’impuissance et dépendance, attaques de rage, refus d’apprendre la nouvelle langue, peur excessive d’être attaqué, cambriolé, ou escroqué, attitude de supériorité envers le pays d’accueil, fermeture émotive et intellectuelle, distorsion de la réalité, tension, irritabilité extrême, dépression, diminution de la créativité, spontanéité et flexibilité, difficulté de communication, auto-commisération, nostalgie du « chez soi », glorification irrationnelle de son propre pays, agressivité, hostilité envers le nouveau pays, critiques excessives sur le nouveau pays, hypochondrie, sensation d’infériorité, interprétation erronée des gestes, apathie, sentiment de perte, isolation, solitude, rigidité, réactions hystériques, incertitude, désir d’interagir seulement avec les membres de sa propre nationalité, sensation de se sentir rejeté ou ridiculisé, attribution des problèmes personnels à la culture d’accueil, nervosité, désintégration de la personnalité.

Je vous ai proposé une liste aussi longue et terrifiante car elle pourrait vous être utile pour retrouver vos émotions quand vous arrivez dans un nouveau pays et vous vous sentez perdues. Faire remonter vos sentiments à ce que nous définissons choc culturel peut vous aider à diminuer la préoccupation pour l’avenir et la sensation de ne pas être à la hauteur, qui peut être très lourde, surtout dans un premier temps, quand il nous est exigé d’être en forme et productives pour organiser notre nouvelle vie et celle de notre famille.

Il se peut que ces sensations ne se manifestent pas toutes en même temps ou de façon fréquente, aiguë et lisible. Celles que j’ai décrites sont les symptômes typiques du choc culturel auxquels il est important de faire attention pas seulement pour soi -même, mais aussi pour sa propre famille.

Voici certaines situations dans lesquelles on retrouve classiquement les symptômes évoqués plus haut:

  • Baisse de rendement au travail
  • Echec dans les petites démarches quotidiennes
  • Distraction, regard dans le vide
  • Consommation d’alcool, de drogues
  • Petits problèmes psychosomatiques
  • Lavage excessif des mains
  • Peur des contacts physiques avec les gens du pays d’accueil
  • Attention excessive portée à sa propre santé et à son hygiène
  • Préoccupation exagérée pour le nettoyage de la maison, de la vaisselle, des lits et de la nourriture
  • Préoccupation exagérée pour des douleurs physiques banales ou des éruption cutanées
  • Utilisation de gros mots dans son vocabulaire
  • Cupidité pour la nourriture de son pays

Il n’y a pas de recettes pour éviter le choc culturel, mais nous pouvons dessiner des stratégies pour le traverser de la façon la plus consciente et calme, en limitant les dommages que nos comportements, dictés par le choc culturel, pourraient causer (par exemple : si nous réagissons de façon violente, inappropriée ou par effroi à une situation liée à la culture locale, nous pourrions créer un précédent qui pèsera sur la relation future avec les gens qui y sont mêlés. Ou encore, nous pourrions communiquer un sentiment d’incertitude ou de rejet à nos enfants, qui dans la première phase d’adaptation dans le nouveau pays voient en nous une boussole et un modèle fort).

Il convient de connaître le choc culturel, de le comprendre et d’en identifier les symptômes. Nous dire «j’éprouve ça car je subis un choc culturel» ne nous mettra pas en condition d’éliminer nos sentiments, mais de les vivre de façon moins dramatique et plus détendue. Celles qui savent être particulièrement sensibles aux changements ou qui affrontent une première expérience d’expatriation, pourraient chercher une occasion pour s’y préparer, par exemple un séminaire d’un jour ou deux sur l’impact culturel (beaucoup d’entreprises et d’organisations en offrent aux employés avant de les envoyer à l’étranger – Claudiaexpat en organise en ligne) ou des personnes qui sont déjà passées par l’expérience et peuvent leur fournir de l’appui et des conseils avec leur vécu. Lire quelque chose sur le choc culturel peut aussi vous placer dans l’état d’esprit adéquat pour faire face à ce qui vous attend. Parmi mes livres favoris il y a (en anglais) The psychology of culture shock de Colleen A. Ward, Stephen Bochner et Adrian Furnham, mais je trouve aussi très utile The art of crossing cultures de Craig Storti et très charmant Lost in translation, a life in a new language, de Eva Hoffman (ceci ne se concentre pas que sur le choc culturel, mais c’est un merveilleux témoignage d’une femme polonaise qui est partie au Canada à l’âge de 13 ans – l’ouvrage parle de façon profonde de tous les problèmes liés aux rencontres et à l’adaptation dans des cultures très différentes à la sienne).

Si possible, dans votre nouveau pays recherchez l’appui d’une personne locale. Une des composantes les plus actives du choc culturel est le fait de ne pas pouvoir lire, et donc accepter, les codes de la nouvelle culture et les comportementsqui en découlent. Dans cette phase il est très fréquent d’entendre des phrases comme « chez nous on ne fait pas ça du tout » ou bien « je ne comprends vraiment pas ce qui se passe dans la tête de ces gens ». L’incompréhension du tissu culturel qui nous entoure augmente notre sens d’isolation, peut-être déjà exacerbé par le fait qu’ au début on ne connaît personne et on n’a pas de points de repère affectifs auxquels s’attacher. Une personne locale peut nous aider à décoder des attitudes et des faits concrets, en nous expliquant de façon simple quels sont les sous-entendus à la base de certains comportements. En général faire des efforts pour devenir rapidement un être social est bénéfique au processus du choc culturel : essayez le plus possible de rompre l’isolement, en devenant amies des voisins, en cherchant à connaître le plus de gens à travers l’école de vos enfants, en fréquentant les associations d’accueil. Vous pouvez aussi trouver de l’inspiration dans cet article sur l’amitié en expatriation. Dans cette phase il est très important d’être réactives et participatives. Prendre l’initiative peut être très dur dans un contexte inconnu que nous pourrions même sentir comme hostile, mais c’est la seule façon pour éviter de succomber au sentiment d’échec qui est un terrain fertile pour le choc culturel. Comme un cycle qui s’autoalimente, nous nous sentons impuissantes car nous n’arrivons pas à saisir et à nous affirmer dans notre nouvelle réalité, et par conséquent nous éprouvons une forte diminution d’amour propre, qui pèse du coup sur notre capacité à prendre notre vie en main et à la vivre à la première personne. Casser ce cercle vicieux nous amène des bénéfices immédiats. Apprendre la langue locale et découvrir comment vit la communauté locale, quels sont les endroits d’agrégation, les moments de rencontre les plus significatifs, et essayer de les rejoindre, peut nous apporter d’énormes avantages.

Se sentir désorientées et un peu perdues au début est absolument normal et humain. N’oubliez jamais qu’il faut du temps pour se sentir à l’aise dans un contexte complètement nouveau ; que tôt ou tard cela change ; et que nous en sommes toutes passées par là – Expatclic existe aussi pour vous donner un coup de main dans ces phases, donc n’hésitez pas à venir partager vos sentiments dans notre page Facebook ou à nous écrire pour nous raconter comment ça va.

Bonne chance!

Claudiaexpat
Jerusalem
Mars 2013

Merci à Anne et Jean pour la relecture!

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