Home > Vie à l'étranger > Travailler en expatriation > Hélène, ingénieure procédés aux Etats-Unis

Hélène, alias Poupette sur le forum et inscrite depuis peu, nous fait part de son expérience professionnelle qu’elle a bonifiée au fil de ses années d’expatriation.

Je m’appelle Hélène, j’ai 39 ans, je suis mariée et j’ai 2 enfants (4 ans et demi et 8 ans).
En dehors de mon travail et de mes enfants qui occupent 99.99% de mon temps, j’aime lire, aller au cinéma et faire du sport (pas très original!!!).
Je suis titulaire d’un Doctorat en Sciences des matériaux. J’ai 13 années d’expérience professionnelle dans le domaine des semi-conducteurs, principalement à l’étranger (Pays-Bas, Belgique et USA).

Je réside à Fremont dans la région de San Franscico depuis 8 ans et je vais probablement y rester encore de nombreuses années.

C’est ma troisième expatriation après les Pays-Bas et la Belgique flamande.
Techniquement, ce ne furent jamais des expatriations car mon mari et moi avons toujours travaillé pour des entreprises locales avec un contrat local.

J’ai suivi mon conjoint dans chaque cas sauf la première fois: je suis partie à l’aventure après ma thèse pour faire un post-doc aux Pays-Bas pendant 2 ans (Bourse d’étude européenne). À la fin de ma bourse, j’ai trouvé du travail en Belgique où mon ami travaillait à l’époque.

Ensuite mon chéri en a eu marre de son travail et a décidé de changer de boulot. Dans un laps de temps relativement court il a trouvé un emploi aux États-Unis (à Fremont) et m’a fait un p’tit.

J’ai pris le temps de le couver toute seule en Belgique car Chéri était déjà parti et de le pondre en France chez maman (merci l’Europe du travail…). Nous nous sommes ensuite mariés en catastrophe pour des raisons d’immigration lorsqu’il est venu voir sa progéniture. Et me voilà aux USA avec un bébé d’un mois.

C’est là que les choses se sont gâtées. J’ai extrêmement mal vécu l’interruption de ma carrière professionnelle car cela a correspondu à trop de changements: un bébé, l’éloignement de ma famille, un nouveau pays à apprivoiser et une totale dépendance financière vis à vis de mon mari. Sur ce dernier point, je tiens à préciser que c’était purement dans ma tête, car nous faisions compte-joint et j’avais en fait la charge du budget et du navire familial.

Bref, un grand sentiment de solitude qui a duré quelque mois seulement car j’ai vite rencontré d’autres Francaises dans la même situation que moi (enfants/pas de travail).

Lorsque je me suis sentie à nouveau prête à travailler (au bout d’un an), le secteur industriel dans lequel je travaille subissait une récession (c’est un secteur cyclique et cela arrive tous les 3-4 ans). Et impossible, malheureusement, de trouver un boulot car difficile d’obtenir un visa de travail type H1-B. Ce type de visa oblige l’employeur à justifier de l’embauche d’un étranger par l’impossibilité de trouver un national avec les mêmes qualifications, ce qui est difficile lorsqu’il y en a plein les rues pour cause de licenciements massifs. Il m’a donc fallu attendre encore six mois et que les démarches pour l’obtention de la carte verte de mon mari soit suffisamment avancées. En effet, a un certain point dans cette procédure, le conjoint du demandeur obtient un permis de travail avant même que la carte verte ne soit accordée.

Ma recherche d’emploi fut néamoins assez chaotique pour deux raisons: crise économique dans mon secteur et méconnaissance des us et coutumes. Dans mon domaine, je dirai que 90% des boulots s’obtiennent par recommandation personnelle d’un autre employé, d’une relation professionnelle ou d’un ami. J’avais par exemple le profil typique pour une certaine entreprise mais je n’ai jamais réussi à décrocher un entretien en postulant directement auprès des ressources humaines.  J’ai finalement été embauchée suite à une recommandation et le manager qui recrutait m’a confirmé ce fait.

Pour en revenir à mon expérience professionnelle, j’ai donc trouvé un poste de consultante dans une start-up par l’entremise de mon mari, qui s’est concretisé par un contrat d’employée au bout de quelque mois. J’ai commencé par travailler trois jours par semaine, puis quatre. J’ai profité de cette expérience pour étendre mon carnet d’adresses. Apres deux années, lorsque ladite start-up a donné des signes de faiblesse, cela m’a permis de trouver mon job suivant.

J’étais à nouveau enceinte. Je suis restée dans cette entreprise moins d’un an pour deux raisons: la principale étant qu’avec deux enfants, je souhaitais me rapprocher de mon domicile et la deuxième parce que je ne supportais pas la culture d’entreprise. Cette fois-ci le timing fut parfait (upturn), j’ai réussi à surfer sur la pointe de la vague et ai trouvé un boulot mieux payé, plus proche de chez moi et avec une prime à l’embauche….toujours par recommandation….!!!. Cette entreprise est dans le même secteur d’activité que les précédentes (équipementiers pour la fabrication des semi-conducteurs). J’ai un poste d’ingénieure procédés.

Si je regarde ma carrière, je n’ai pratiquement jamais travaillé en France. Alors il m’est difficile de comparer. Néanmoins je crois que des différences existent et je ne parle ici que de mon secteur. Aux États-Unis, les rapports professionnels sont beaucoup moins hiérarchiques mais beaucoup plus concurrentiels et les structures beaucoup plus fluides et changeantes. On demande aux employés de prendre beaucoup d’initiatives: get the job done. Enfin il faut savoir se vendre et négocier. Je ne crois pas que l’éducation française nous prépare à cela, tout comme elle n’insiste pas sur la communication orale. Or, dans le cadre de mon travail par exemple, je fais beaucoup d’exposés et de présentations.

Enfin, l’attitude des Américains par rapport à l’éducation et aux diplômes n’est pas la même qu’en France. Ils valorisent beaucoup plus l’expérience professionnelle.  Le diplôme donne un niveau et est une porte d’entrée dans l’entreprise, ensuite suivant les opportunités, on peut finalement travailler dans un domaine complètement différent. Ce qui ne veut pas dire que les entreprises ne sont pas élitistes!!! Dans mon entreprise actuelle, il vaut mieux avoir une thèse, si possible de l’université de Berkeley, pour espérer faire carrière. Mais ensuite, si vous avez une formation scientifique, vous pouvez finir dans les ventes…. Notre PDG actuel, par exemple, est un ancien pilote d’hélicoptère!!!!

Le bon côté des choses, c’est que c’est extrêmement dynamique, que l’on ne s’ennuie pas et qu’on apprend énormément.

Ce que j’adore aussi dans la Silicon Valley, c’est la diversité culturelle… Je travaille avec des Indiens, des Coréens, des Chinois, des Iraniens, des Anglais, des Vietnamiens, des Roumains, des Russes, des Phillipins, des Indonésiens, des Grecs, des Japonais et j’en oublie certainement. Sans compter que l’on trouve toutes les gastronomies associées dans les restaurants des environs.