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conjoint

Nous tenons à remercier Jean, qui nous a permis de publier cet article qu’il avait écrit pour la ADE (Association de Diplomats Espagnols) en espagnol. Double merci donc, aussi pour la traduction en français!

Très souvent, tout au long de ces 12 années d’expatriation, j’ai reçu des marques d’admiration (et d’envie…) du fait de ma condition de conjoint de diplomate. Normal. Vu de l’autre côté de la barrière, la vie du conjoint affiche de précieux avantages. De l’intérieur aussi…
Elles me sont parvenues avant tout d’hommes et je ne suis pas sûr que les femmes goûtent avec autant d’enthousiasme ce statut lorsqu’il échoit à une amie ou à une soeur. Que personne n’en doute, la version testostérone de la conjointalité  a ses particularités.
On peut se demander pourquoi le genre masculin semble envier cette condition atypique. La charge est écrasante pour tout homme attaché à son niveau de testostérone: dépendance économique, carrière professionnelle tronquée, amour propre en danger. Mais le macho y voit un large espace de liberté, débarrassé à première vue de toute entrave. Je les ai avertis les uns après les autres que peu d’entre eux se plieraient à ce scénario là.
Mon visage ne présentant aucune marque de frustrations, je ne convaincs personne…

Au cours de ces expériences j’ai constaté que nous ne sommes pas peu à suivre nos épouses.  Chacun s’y fait en fonction de ses origines socioculturelles. À mon arrivée en Ethiopie, je me suis lié d’amitié avec 3 Norvégiens qui ne voyaient pas d’intérêt à s’éterniser sur la spécificité de notre condition.

Être un conjoint homme présente un avantage appréciable: c’est un genre nouveau. Il n’obéit à aucune préséance  et n’est soumis à aucun stéréotype. Le seul modèle auquel il peut être associé, serait celui de gigolo mais un physique normal voire quelconque rend la comparaison aussitôt malhonnête. L’on ne sait pas très bien qu’attendre du  principal intéressé, ce qui lui confère beaucoup de liberté. Une femme conjoint doit se plier à des modèles forgés au fil des siècles. Pas nous. En d’autres termes, mieux vaut être le prince Édouard que la Reine Sophie d’Espagne.

Au quotidien, je rajouterais deux avantages. Notre liberté de mouvement est bien moins entravée que celle des femmes dans certains pays. Pour ce qui est de la sphère professionnelle de ma femme, la diplomatie, ses collègues nous intègrent sans entrave particulière.

Mais quand on s’attache à l’essentiel rien ou peu nous distingue des épouses. Quel que soit le  mal que l’on ait à nous identifier comme conjoint (nous ne sommes pas que cela), il faut admettre que cette situation conditionne brutalement la vie sociale et professionnelle. Et le Bescherelle le prouve! Je suis mon mari, je suis ma femme. Les verbes être et suivre font écho à notre situation dans  une curieuse coïncidence.

Au delà donc des sexes, nous nous distinguons  nous autres conjoints de diplomate par la façon de nous  positionner face à notre statut. Je perçois 4 catégories.

L’autochtone. Du fait de ses ambitions professionnelles il rejette furieusement la possibilité de suivre le diplomate. il reste et restera où est sa boîte quoi qu’il arrive, attendant patiemment le retour de l’expatrié ou minant toute velléité  d’expatriation .Ce stéréotype est en hausse depuis 20 ans car il est dur de s’affirmer sans profession, mais la crise économique actuelle l’a fragilisé. Les hommes sont je pense les premiers à enfiler ce costume. L’autochtone n’est pas un conjoint ; il ne lit pas cet article.

L’attaché-case. Il a des diplômes (qui n’en a pas?) et le fait de renoncer à sa carrière lui donne des boutons. C’est le modèle du conjoint professionnel. Il va s’opposer à tout poste  qui ne suppose pas une opportunité pour son parcours professionnel. Les valises oui, mais toujours avec l’attaché-case.

Le “par vocation”. Il ne demande rien de plus à la vie. Les besoins économiques sont couverts, l’environnement diplomatique lui semble enrichissant. Il accompagne les déplacements de son conjoint avec intérêt et curiosité… avec admiration même s’il le faut. Cette attitude semble-t-il commode aux 2 parties est rapidement montrée du doigt: ou bien il s’agit d’un profiteur ou bien d’un attardé mental. J’appartiens à cette catégorie

L’upgraded. Catégorie reine et minoritaire. Sa profession ou sa passion tient dans un sac à dos et tout comme l’autochtone il mourrait avant d’y renoncer. Mais contrairement à ce dernier, l’expatriation enrichit de facto son champs professionnel ou pour le moins ne l’entrave en rien: peintre, ornithologue, entomologiste, web master, évangéliste, psychanalyste, etc.

Reste qu’à l’exception de ce dernier groupe, et indépendamment de notre sexe quelque chose nous unit. Nous devons nous justifier de façon permanente, nous justifier à nous même et aux autres; que l’on soit heureux de la situation ou qu’elle nous frustre. Quels que soient nos états d’âme, il y aura toujours quelqu’un pour y voir quelque chose de suspect.

 

Jean
Manila, Philippines
Septembre 2013

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