Home > Asie > Inde > Bandati, petit métis, et l’histoire d’Emilie
bandati petit métis

Emilie Anand est née en France et est partie s’installer en Inde en 2006. Elle y a fondé sa carrière et sa famille mixte en épousant un Indien en 2014. Leur fils, petit métis, est né dans la foulée. Pour lui, elle a écrit et publié Bandati, petit métis, en 2021. Nous la remercions de tout cœur pour ce joli article.

Certains rêvent de l’Inde des maharadjas, d’autres sont dégoûtés par l’Inde de Mère Thérèsa. Moi, à 18 ans, elle m’avait fait peur. Trop différente, trop déstabilisante, trop chaotique, trop tout.

Du coup, je ne m’explique toujours pas comment j’y vis depuis 2006 ! Les deux premières années – le fameux seuil « ça passe ou ça casse » de l’expatriation – ont bien failli avoir raison de ma présence ici. Dans les semaines qui suivirent mon arrivée, j’eus tout le loisir de me rappeler mes hésitations à déménager en Inde : je ne comprenais rien à rien.  Avec l’accent, je ne parvenais pas à détecter si on me parlait en anglais ou hindi. Au point que je ne savais jamais où on m’emmenait; d’ailleurs, je n’avais aucune autonomie, comme avec un petit enfant on ne laissait rien faire seule. Je souffrais de cette perte d’indépendance et de solitude dans ce pays où la notion d’espace vital est inexistante, voire honnie.

Photo: Roman Fox sur Unsplash

À ma plus grande surprise, je suis assez vite tombée amoureuse d’un Indien. Les regards des hommes plus qu’appuyés m’avaient pourtant convaincue que je tirerais ma peine de 18 mois dans ce pays dans le célibat le plus complet. Mais un Indien en pull rouge a tout chamboulé. Avec lui, j’ai découvert un tas d’habitudes qui diffèrent des miennes.

Cela va de choses assez triviales à des concepts plus profonds, des pratiques d’hygiènes aux concepts de temps et de vie en société. Je me suis plus vite fait à l’idée de me nettoyer les fesses à l’eau, de manger avec mes doigts ou de prendre des douches (que le matin) au seau qu’à leur vision temporelle cyclique, contrastant avec la vision occidentale, linéaire. Vivre dans le présent immédiat versus une attitude long-termiste et anticipatoire.

Photo: Lior Shapira sur Unsplash

Et puis il y a la cellule familiale étendue et sacrée, pour laquelle l’individu sacrifie énormément (consciemment ou pas) et se rattrape dans la société au sens large, en vivant dans le mépris de toute règle civique (la conduite automobile en reste l’exemple le plus flagrant), chacun pour soi. Enfin, pour que la famille indienne fonctionne, il faut suivre des codes, comme le respect de l’autorité, de l’aînesse. On préfère agir dans le dos des proches si c’est interdit ou répréhensible que de gérer un conflit. La franchise n’est pas une qualité reconnue; savoir dire non ou « je ne sais pas » non plus. 

De nature curieuse, j’ai été très intéressée par toutes les différences que je rencontrais et essayais de comprendre. Et de fil en aiguille, je me suis habituée à ce tourbillon de vie qui m’avait initialement effrayée. À tel point que quand mon amoureux préféra épouser une femme choisie par ses parents, à ma grande surprise, je ne pris pas le premier avion pour la France. Je ne comprends toujours pas tout ce qui se passe autour de moi, mais j’aime la place que cela laisse à l’imagination. Et professionnellement, si ce n’est pas tous les jours évidents, ce dynamisme ambiant laisse croire que tout est possible en Inde, que l’on peut tout (ou presque) tenter !

Photo ©EmileAnand

À l’insu de mon plein gré, je remis le couvert avec un Indien un an plus tard. J’étais alors mieux armée pour éviter les écueils culturels. Heureusement, parce que rapidement, nous avons eu un « bébé masala » et des différences insoupçonnées ont fait surface. Des différences qui peuvent être difficiles à gérer tant elles renvoient à notre propre enfance et ce qui nous définit.

Tandis que je préparais au bébé un berceau dans sa chambre, son père le voulait dans notre lit; comme j’allaitais, je me suis rapidement rangée à son idée, au moins au début. 

Alors que je voulais notre enfant indépendant au niveau des repas très tôt, mangeant à horaires réguliers dans sa chaise haute, son père ne pouvait s’empêcher de lui donner la becquée à la main et mon paresseux de garçon sut parfaitement en tirer profit. 

Tandis que je parlais à notre fils en français les deux premières années, son père s’exprimait en anglais (la langue de notre foyer) au lieu de sa langue maternelle. À 6 ans, notre fils s’est mis à parler français tout d’un coup et reste réticent à parler hindi.

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S’il dessine sur les murs, je suis du genre à l’encourager mais son père devient fou et sa main le démange. Il a du mal à croire que son fils n’ait jamais reçu de claque alors que lui-même a été élevé à la dure, comme beaucoup de ses compatriotes.

Nous avons eu de la chance d’être capables de nous accorder sur tous les sujets, découvrant souvent avec émerveillement la manière dont l’autre aborde l’éducation de notre petit franco-indien dont nous inventons des principes propres et susceptibles d’évoluer. Le fait que nos familles respectives ne s’en mêlent pas nous laisse par ailleurs une grande latitude. 

Mais comment aborder avec notre enfant la question de son Bandati, petit métis Ne trouvant pas de livre comme support, j’ai écrit, illustré et publié un ouvrage en français et en anglais pour les 3-7 ans, Bandati, petit métis (tous les détails sur le livre, des extraits, où l’acheter etc. sont sur le site www.bandati.org).

Emilie Anand
Inde
Septembre 2021
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