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Conférence chez Petite Planet, Manosque

Le conjoint face à l’expatriation : nouveaux défis et opportunités.

Cathleen de Kerchove

Assistée par Marie Ravoire et Franck Scola

 

Dans son cycle de conférences d’experts en interculturalité et sur la vie en expatriation, Petite Planet consacrait la soirée du vendredi 18 mars à une réunion sur le thème «Conjoint et expatriation: quels défis et opportunités ?», animée par Cathleen de Kerchove, spécialiste reconnue sur les problématiques du conjoint en expatriation.

Intervenante de la rubrique « psy d’expat »  sur le site Expatclic.com, elle  a recueilli pendant plusieurs années, sur le forum du site, les confidences et doléances des épouses expatriées. Elle a aussi assuré l’accompagnement de Français de l’Etranger, et c’est de cette expérience qu’elle a acquis l’expertise lui permettant de documenter les problèmes familiaux récurrents et spécifiques que l’expatriation peut faire surgir.

Cette réunion nous a enfin rassemblés tous les trois, après 10 ans de collaboration par Internet autour d’Expatclic et quelques co-publications sur les conditions de vie des familles expatriées, vues sous nos trois champs de compétences différents mais si complémentaires: psychologique, sociologique, médical.

Devant plus d’une vingtaine de participants de huit nationalités différentes, Marie Ravoire a mis en exergue le dénominateur commun qui unissait ce public pourtant hétérogène : une expérience actuelle, passée ou future de vie en expatriation.

Certaines personnes sont venues en couple, d’autres seules, comme épouse ou époux de professionnels étrangers impatriés autour de Manosque. Des Français anciennement expatriés étaient aussi présents,  tels Christophe (19 ans d’Afrique) ou Xavier (d’abord expatrié aux Etats-Unis où il a rencontré son épouse… avec qui il est parti en Allemagne … pour finalement s’installer près de Manosque avec leurs trois enfants). D’autres étaient là en tant que futurs expatriés, comme Florence et Franck qui préparent actuellement leur départ au Brésil avec leur fils. Autre exemple, celui de Magali, qui suit les cours d’anglais de Petite Planet et qui désire comprendre les enjeux au quotidien des patients expatriés qu’elle reçoit en tant que secrétaire médicale.

Les réalités de la condition du conjoint expatrié sont peu documentées, souvent négligées ou incomprises. Elles sont même parfois occultées autant dans les institutions publiques que dans les entreprises privées. Depuis 10 ans, Cathleen de Kerchove brise le tabou sur les risques spécifiques auxquels est exposé le conjoint expatrié, non sans conséquences sur sa santé, sa vie de couple et celle de l’ensemble de la famille. Sans alarmisme, elle a fait la distinction entre les signes normaux et ceux qui doivent être reconnus comme symptômes et motiver le recours à des soins.

En liminaire, sa mise au point a tordu le cou à une idée reçue : suivre son conjoint qui bénéficie d’une promotion dans un poste à l’Etranger n’est pas qu’un privilège, mais bien un choix familial impliquant sacrifices et mesures des risques.

Ni le bien-être, ni l’évolution sociale, ne sont alors assurés sans démarches actives et préventives. Cathleen a prôné le dialogue des deux conjoints en amont de la décision définitive de partir. Parmi ses exemples, elle a cité comme thème crucial à aborder d’emblée celui de l’accès à l’argent du ménage, quand seul un des conjoints percevra un revenu. La position de dépendance financière, bien qu’acceptée, peut être un motif de mal-être personnel, de discorde conjugale, de regrets et de sentiment d’échec…

conjoint expat kerchove

Autre mesure préventive de ces risques, elle a encouragé celle ou celui qui suit son conjoint dans son aventure professionnelle à l’Etranger, à prendre un rôle actif dans l’intendance de la famille, dès la préparation du départ, tout au long du séjour et jusqu’au retour. Les démarches administratives sur les questions d’hébergement, de scolarité, de santé, de protection sociale, de banque… plutôt qu’être vécues comme un rôle secondaire, peuvent offrir l’opportunité de créer des liens amicaux parmi les expatriés, compatriotes ou pas, ainsi qu’avec la population locale du pays d’accueil. Cette étape sans emploi peut être judicieusement consacrée à la découverte de la culture locale, de la langue et de la vie pratique. L’implication dans des associations ou des clubs a été mentionnée comme un bon recours et les participants ont apporté des témoignages variés de leurs propres expériences.

La théorie des besoins schématisée par une pyramide par le psychologue Maslow en 1940, a été appliquée par Cathleen au conjoint expatrié afin de modéliser le mécanisme de sa quête d’épanouissement. Par cette illustration, elle a suggéré comment conserver un état de bien-être malgré le changement brutal de statut. C’est grâce à la satisfaction de cinq besoins constituant chacun un étage de la pyramide que la personne accède au besoin suivant. Il s’agit d’abord des besoins élémentaires (physiologiques et de sécurité), suivis du besoin affectif d’appartenance à un groupe, puis de ceux d’auto-estime et d’épanouissement personnel.

Le corps ayant ses raisons, il était incontournable de résumer les mécanismes hormonaux et de neurotransmission, impliqués dans le stress que cause ce changement de statut social dans un nouvel environnement physique, linguistique, culturel. Ces mécanismes influencent, chez l’individu, ses initiatives, son humeur, sa libido, ainsi que ses facultés physiques et intellectuelles. En conséquence, ce stress, au sens médical, conditionne l’acclimatation et l’épanouissement social sur le nouveau sol d’accueil. A noter que ce stress n’a pas qu’une origine émotionnelle exclusive mais est également lié aux changements de mode de vie et à l’exposition à de nouveaux facteurs environnementaux.

Au cours de cette réunion interactive, des confidences ont été échangées entre les participants, et chaque témoignage est venu illustrer par l’exemple les modèles proposés par Cathleen. Ces expériences étaient souvent décrites avec dérision bien que certaines aient pu être vécues douloureusement.

Plusieurs aspects ont été débattus sans trouver forcément de consensus, montrant bien le caractère complexe et multi-factoriel des enjeux du conjoint expatrié.

Le succès de cet événement, animé par une éminente intervenante dont la présence n’a été annoncée qu’à J-5, justifie largement de féliciter Petite Planet pour son rôle d’intérêt public dans la prise de repères des familles « expats » et dans la création de ponts entre celles-ci et la population manosquine.

Bravo et merci à Marie, Renée, Laurence, Magali, Gilles…

Franck Scola
Manosque, France
Mars 2011