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Les motivations d’un départ à l’expatriation sont loin d’être toujours les mêmes d’une personne à l’autre. On peut partir  » couvert  » en étant chapeauté par une société française, partir pour suivre un mari, partir pour changer de vie et se mettre à son compte….Les difficultés sont loin d’être les mêmes, et une bonne dose d’énergie et de patience est alors nécessaire. Risquer le tout pour le tout !

Gilles et Laurence ont pris le risque et je leur tire mon chapeau !

Laurence nous raconte leur choix, et l’itinéraire d’un couple hasardeux.

Nous avions ouvert notre salon de coiffure à Puteaux (banlieue parisienne) depuis 10 ans. La vie suivait son petit train-train quotidien. Le salon marchait très bien. En 1998, Gilles a eu 40 ans, et j’ai organisé une fête surprise, et le cadeau fut de taille  » un billet d’avion pour les Emirats  » !

En février 1999, nous sommes donc enfin venus rendre visite à de la famille aux Emirats. Nous avons apprécié la vie ici. Ma 1ère impression du pays n’était pas très positive. J’étais déçue. Je m’attendais à quelque chose de plus proche de l’Afrique du Nord, comme le Maroc par exemple. Puis j’ai vu le pays un peu différemment. Je venais de Paris et j’avais l’impression que les gens étaient plus libres, plus anonymes (je peux faire mes courses sans rencontrer de clientes !). Les  » Abu Dhabiens  » (locaux et immigrés) sont très calmes, et pas stressés malgré les horaires de travail à n’en plus finir : vous avez dit 35h ?! non, non, 60 h. La vie est très calme ici, surtout comparée à la vie parisienne !

Le temps passant, nous sommes revenus l’année suivante, mais cette fois-ci avec une petite idée en tête : tenter l’expérience d’un salon de coiffure français aux Emirats !

A partir de là ce fut la course :  » 10 mois pour agir  » :Dès le retour de notre 2ème voyage, nous avons mis notre salon français en vente, sans pour autant avoir de piste dans notre futur pays !

A chacun de nos déplacements tout nous est facilité, car nous vivons chez notre oncle et notre tante, Jean-Pierre et Jacqueline. Bien sûr ils sont heureux de notre décision, mais ils ne veulent pas nous influencer dans notre choix, et jusqu’à présent ils ont essayé de nous sonder un peu pour savoir si c’est vraiment sérieux.

Maintenant que le salon en France est en vente, ils ont compris que notre choix était définitif et que notre aventure commençait. A partir de cet instant tout a été différent. Ils ont tout fait pour nous aider, sûrement rassurés de ne pas avoir été ceux qui nous ont poussés et influencés car ce choix aurait pu être, avec le recul, lourd de conséquence.

Donc, c’est parti. Ils vont nous épauler, prendre des renseignements, faire des démarches administratives. Et leur expérience de vie dans les Emirats (+ de 20 ans) est très précieuse pour nous. Jean-Pierre veille au grain et contrôle chaque document que nous signons et est chaque fois présent malgré son emploi du temps chargé. Quant à Jacqueline, c’est notre Maman ! Nous rentrons le soir à la maison, tout est prêt. Plus les soucis du matériel. Ils nous hébergeront jusqu’en février 2001.

En mai 2000, nous sommes revenus prospecter, visiter la concurrence. J’étais la seule à pouvoir visiter les salons puisqu’il n’y a pas de salons mixtes, et les hommes ne sont pas admis dans les salons féminins. Il m’a fallu tester tous les salons d’hôtels et tester les brushings. J’ai été pouponnée ! Les coiffeurs me faisaient gentiment visiter leur salon. Il faut savoir qu’ici les salons sont souvent dans les hôtels, et qu’ils font tous des soins esthétiques, domaine dans lequel nous n’avions pas d’expérience. De plus il n’y a pas de pas de porte, il faut monter dans un hôtel, ou pour les salons en ville, dans un immeuble. Donc on ne pouvait pas simplement passer devant et  » jeter un œil « .

Gilles avait déjà visité le salon homme de l’hôtel Intercontinental lors de ses séjours précédents (métier quand tu nous tiens !). Il a sympathisé avec le propriétaire libanais, et ont passé de longs moments à papoter. C’était le salon qui nous plaisait le plus, mais bien évidemment il était pris.
Ici, 90% des salons sont détenus par des libanais. Cet homme a donc été notre 1er contact et notre intermédiaire dans la communauté libanaise. De contact en contact, nous avons été mis en relation avec un vendeur de produits de coiffure. Il s’est mis en quête de nous chercher un salon. Dans un premier temps, il a trouvé un salon dans un immeuble qui donnait sur la plage.

Mais nous voici en septembre 2000. Le salon en France est vendu ! 1 semaine tout juste avant la signature de la vente en France, nous apprenons, que le local trouvé aux Emirats n’est plus à vendre. Maintenant il faut agir très vite !

En octobre, nous avons du revenir tous les 2 pour  » re-re-chercher « . Comme à chaque visite, Gilles vient dire bonjour à son ami libanais du salon masculin de l’Intercontinental. Et là , il apprend que l’hôtel n’est pas satisfait du salon femme.

Ca y est c’est parti, on met toutes nos chances sur CE salon. Il faut commencer les négociations rapidement, car tout Abu Dhabi va savoir qu’il va se libérer. Bien évidemment les Libanais le veulent. Ils appellent tous le coiffeur homme.

De mon côté je rentre au bout de 10 jours. Gilles reste 1 mois de plus.

En novembre, Gilles s’inscrit à des cours d’anglais (et oui, on ne parlait pas cette langue pourtant indispensable ici). Ca y est au bout d’un mois, c’est signé. Nous avons le salon !

Fin novembre, c’est à mon tour de revenir aux Emirats. En France, j’avais appris l’anglais à l’aide de cassettes et bouquins pendant 6 mois. Il fallait maintenant que j’attaque la rénovation du salon : rechercher seule un architecte et un décorateur avec mon anglais approximatif, 1 mois de travaux, mon anniversaire fêté seule !

Je suis rentrée en France pour revenir avec homme, enfants et cochon d’inde 15 jours après.

Le 28 décembre 2000 ouverture enfin du salon. Nous n’avons pas pu faire d’inauguration, car c’était la fin du ramadan, et qui plus est le matériel était bloqué à l’aéroport. Seuls les clients de l’hôtel savaient que nous avions ouvert le salon.

Là-dessus, nous apprenons que Dessange ouvrira un salon le 15 mars. Heureusement, cela ne nous a pas fait trop de tord. Le Novotel a un coiffeur français, mais nous sommes les seuls coiffeurs-propriétaires français. Notre clientèle est à 80% européenne. 90% de notre pub se fait par le bouche à oreille.

Nous avons du former notre personnel à notre savoir-faire français, bien différent de celui des libanais.
Il nous fallait conserver notre identité française et imposer notre professionnalisme, mais surtout ne pas oublier, que bien que Français, nous n’étions pas détenteur du  » goût universel « , même si la France reste toujours le must en matière de mode, d’art et de culture. Donc il fallait que chaque cliente puisse retrouver son propre style et donc bien évidemment nous nous sommes entourés d’une équipe cosmopolite, tout comme Abu Dhabi. Chacun apporte le domaine de la technique professionnelle (couleurs, balayages, mèches). Gilles est très strict, c’est le savoir-faire français obligatoire qui est pratiqué et notre personnel a été formé à ses techniques, personne ne déroge à la règle et ce pour la satisfaction de toutes nos clientes. Donc ne soyez pas surpris d’entendre au salon parler le : Français, Anglais, Arabe, Arménien, Russe, Tagalog (philippin).

Quels changements pour nous de travailler avec des gens de toutes nationalités et de coiffer des femmes de tous horizons ! C’est une expérience extrêmement enrichissante dans laquelle la routine n’a pas de prise.

Côté famille et enfants :Nicolas, 19 ans bientôt et Mathieu, 15 ans.
Eux aussi font partie de notre aventure. C’était il y a déjà 3 ans ! A cette époque, ce sont déjà des ados et se lancer dans ce projet n’était pas envisageable sans leurs assentiments et même leurs encouragements. Sachant qu’ils étaient partants, désireux eux-aussi de découvrir d’autres horizons, nous avions tout pour réussir. Le contact avec le pays s’est passé sans difficulté : nouvelle vie, nouveaux copains, nouveau lycée, même si les six premiers mois ils ont connu quelques coups de blues.

Malgré notre activité, nous essayons de rester très présents et à leur écoute car ils font tout pour nous causer le moins de soucis possibles. Ils savent que le salon nous prend beaucoup de temps (6 jours sur 7, 11 heures par jour). De notre côté nous restons vigilants et savons ressentir ce qu’ils n’osent parfois nous dire. Au début c’était aussi source de stress pour eux. Allait-on faire face ? Allions-nous avoir suffisamment de revenus ? Et vis à vis des copains tout est différent car ni voiture, ni logement, ni école ne sont payés par un employeur. Ils ont du prendre du recul par rapport à cette situation. Nous leur avons appris à savoir apprécier ce qu’ils ont et ne pas envier ceux qui ont plus et penser plutôt à ceux qui ont moins.

D’un autre côté, vouloir mieux et vouloir réussir est un bon moteur et une bonne motivation si on garde les pieds sur terre.

Mais Paris ou Abu Dhabi pour des enfants d’artisans, c’est la même chose ! Il faut être débrouillard et savoir se prendre en charge. Le week-end, quartier libre, mais sous liberté surveillée….

Maintenant faisons le bilan de ces 3 années écoulées :Notre salon a acquis une certaine notoriété, et notre réputation s’est faite par le bouche à oreille. La fidélité de nos clientes a été notre encouragement et nous a donné confiance et ténacité à poursuivre notre route. Maintenant Gilles est le seul coiffeur français exerçant à Abu Dhabi. La concurrence est donc moins rude, mais notre métier nous oblige à rester sans cesse à l’écoute de la profession (produits nouveaux, mode, nouvelles tendance) et nous faisons régulièrement des stages de formation. Nous avons fidélisé notre clientèle et nos relations avec nos clientes sont devenues plus amicales que commerciales, ce qui crée une ambiance agréable, chaleureuse et rend nos conditions de travail particulières.

Nous avons pris nos marques dans ce pays qui nous a accueilli. Ici maintenant c’est un petit chez nous, car nous aimons cette ville : cette vie et ce rythme si particulier à Abu Dhabi, le microcosme où toutes les origines, toutes les langues se mêlent. Toute la richesse de ces différences qui se mélangent, se croisent, se découvrent font de ce lieu un petit monde à part.

Seule ombre au tableau :  » Si seulement nous pouvions ramener dans nos valises parents, famille et amis si chers à notre cœur  » Mais rien n’est jamais parfait !

Et si c’était à refaire ? OUI !Pour l’enrichissement personnel et intellectuel que cela représente pour nous, mais surtout pour nos enfants et pour l’ouverture sur le monde et sur la vie que cela leur procure. Pour l’avenir cela restera pour eux et pour nous une expérience inoubliable et qui nous est riche d’enseignements (tolérance, respect de l’autre et de ce qui est différent, envie de découvrir, d’apprendre).

Nous pouvons terminer ce récit sans ce Post Scriptum :
Vous vous souvenez ? Nous avons pris la décision de nous installer à Abu Dhabi après avoir rendu visite à de la famille vivant dans les Emirats depuis 22 ans.
C’est à eux que nous voulons rendre hommage. Eux sans qui rien n’aurait été possible. Jean-Pierre et Jacqueline Giraud, notre famille, nos parents de cœur, nos amis, nos confidents, notre soutien de chaque instant, une oreille toujours attentive et bienveillante et parfois le petit coup de pied aux fesses pour ne pas capituler, pour se battre et atteindre le but que l’on s’était fixé. Des grands-parents de cœurs aussi pour nos enfants.

Grâce à eux, nous vivons en famille à Abu Dhabi ce qui tout de même change tout car en famille même au bout du monde, tout est possible !

Laurence et Gilles Poplimont vous accueillent dans leur salon de coiffure pour femmes au 3me étage de l’hôtel Intercontinental d’Abu Dhabi
e-mail : poplimon@emirates.net.ae
tél : 02 666 68 88 ext. 5349