Home > Europe > Roumanie > Ursula, une guide touristique à Bucarest

Quand on parle de carrières à l’étranger, il est important de mentionner la possibilité de devenir guide touristique, un travail intéressant et lucratif qui vous permet de personnaliser votre offre. J’ai demandé à Ursula, guide touristique à Bucarest, de mettre à jour l’interview réalisée il y a un certain temps, et ce fut un plaisir de voir que Ursula a développé son travail, a inventé de nouvelles choses et a enrichi son offre avec de nouvelles découvertes sur son pays hôte. Merci Ursula, et félicitations pour votre travail!

Claudiaexpat
Octobre 2013

Merci à Anne pour la traduction en français!

L’histoire de ma rencontre avec Ursula est très belle. Il y a quelque temps Expatclic a lancé un concours photo pour les femmes italiennes vivant à l’étranger. Ursula a participé avec trois magnifiques photos, et a obtenu le deuxième prix. Nous avons ensuite pris contact pour l’informer et lui envoyer le prix. Quand Ursula s’est rendu compte que nous organisions une exposition des meilleures photos du concours, que nous voulions montrer dans plusieurs pays, elle a proposé de la faire venir aussi à Bucarest, où elle vit. Ursula et moi nous sommes rencontrées à Milan, puis à nouveau à Bucarest pour le vernissage de l’exposition et le grand événement que Ursula avait organisé pour l’occasion. Notre amitié dure toujours et Ursula et moi sommes restées en contact et nous nous voyons chaque fois que nous le pouvons. Pour cette mise à jour spéciale sur les carrières à l’étranger, je l’ai interviewée parce Ursula travaille dans un circuit professionnel qui est facilement extensible à l’étranger, et qu’elle a su s’adapter à sa vie en Roumanie. Voyons comment.

Claudiaexpat
Juin 2010

 

Aujourd’hui, j’ai interviewé une autre femme expatriée qui travaille comme guide touristique à Jérusalem. Ce travail semble idéal pour les femmes qui vivent à l’étranger, pourquoi?

C’est une profession que vous pouvez commencer tard dans la vie. J’ai obtenu ma licence quand j’avais 34 ans. Il n’y a pas de limite d’âge pour devenir guide touristique. Deuxièmement, un guide touristique est un travailleur free-lance, et peut donc gérer son travail selon ses besoins personnels. C’est aussi un travail qui est très facile à “transporter “et à proposer dans de nouvelles destinations.

Assan Palais

Assan Palais

 

Qui est ce que vous avez fait en Roumanie. Dites-nous comment vous vous êtes organisée…

Quand je suis arrivée à Bucarest, j’ai commencé par l’étude de la ville, l’explorer, découvrir. J’ai suivi des voyages organisés et j’ai réalisé qu’ils étaient peu intéressants. J’ai donc décidé d’organiser mes propres visites sur des parties spécifiques de la ville – par exemple deux importants monastères, un musée particulièrement intéressant, etc. Je suis partie de choses qui sont intimement liés à la ville, qui permettent de mieux comprendre l’endroit où nous vivons, qui parlent de son histoire. J’ai commencé par la visite de deux églises, l’une qui est importante, car elle est liée à la légende de la naissance de Bucarest. Ensuite, j’ai proposé la visite du musée municipal, parce qu’il raconte l’histoire de Bucarest depuis ses origines à la fin du 19ème siècle, il montre la vie quotidienne, des meubles, des vêtements et plusieurs photos. Aujourd’hui, j’ai élargi mon offre, et en plus de 7 parcours à Bucarest et ses environs, j’ai ajouté un voyage de trois jours pour la célébration annuelle des gitans et une visite de quatre jours de la Transylvanie.

Comment avez-vous abordé le marché? Comment avez-vous vous faite connaître?

J’ai commencé avec les Italiens. Je faisais partie d’une association de femmes italiennes qui se réunissaient une fois par mois autour d’un café, pour discuter et échanger des informations, et je leur ai proposé mon tour. Les choses sont allées vite à partir de là. Une amie m’a demandé d’organiser des visites pour l’association d’accueil francophone , elle a traduit de l’italien vers le français. Le bouche à oreille a fait le reste et les gens ont commencé à demander des visites pour des amis ou des parents qui venaient leur rendre visite.

Ursula lors d'un tour avec les Italiens

Ursula lors d’un tour avec les Italiens

 

Mes itinéraires sont intéressants parce que je ne propose pas le voyage de l’agence de tourisme classique, qui met tout le monde dans le bus et montre des choses d’en haut. Je montre aux gens ce que je crois qui fait de Bucarest une ville unique, où Orient et Occident fusionnent, je montre les lieux du début du 20ème siècle perdus dans la nature,des palais de style Napoléon III, les églises orthodoxes imprégnées de l’odeur de l’encens.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je propose une variété d’itinéraires. Fondamentalement, je veux montrer la ville de l’intérieur, et la Roumanie en tant que pays. Ces dernières années, j’ai enrichi mon travail de guide touristique avec ma passion pour la photographie, et ai ajouté des destinations intéressantes d’un point de vue photographique, des visites dans des usines désaffectées, une visite de l’ancienne prison de Jilava (fermée au public mais qui m’est ouverte grâce à un permis spécial), une excursion dans la zone urbaine la plus sauvage d’Europe: Vacaresti, un écosystème semblable à un delta dans le coeur de Bucarest, formé dans le bassin d’un lac artificiel que Ceausescu n’a jamais achevé. Outre la végétation spontanée, lacs et marais, il y a 90 espèces d’oiseaux, de petits mammifères et une communauté de Roms qui y vit comme les Intouchables en Inde.

En tant qu’étrangère, j’ai évidemment dû passer beaucoup de temps à découvrir ce que je voulais montrer, et donc je dois visiter, explorer, documenter moi-même. Tout le matériel d’étude est en roumain, ce qui exige beaucoup de travail, qui précède la phase tout aussi intense de la création de l’itinéraire.

 Le Monastère de Caldarusani

Le Monastère de Caldarusani

Est-ce que vos visites en italien seulement, ou dans d’autres langues aussi?

Mes itinéraires sont à la fois en italien et en anglais. Je travaille de moins en moins en italien parce que mon public est devenu plus international. Ma plus belle expérience reste le tour où j’ai emmené les enfants de l’école italienne visiter deux monastères. Avoir un langage commun m’a permis de donner le meilleur de moi-même. Alors qu’au premier monastère j’’ai consciencieusement expliqué l’ architecture et la peinture sur les icônes, dans le second, dans le village de Tiganesti, j’ai fait faire aux enfants une chasse au trésor. J’ai dessiné la carte du village avec le monastère, les maisons, les rues, j’ai brûlé les coins pour la rendre plus “pirate”, et je l’ai donnée aux enfants avec certaines tâches précises: compter le nombre de puits du village , demandez aux religieuses de leur donner une vieille cuillère en bois et me l’apporter, savoir combien de religieuses vivent dans le village, trouver le cimetière, trouver une statue, etc . Ce fut très amusant et ils ont appris beaucoup de choses en jouant.

 

guide touristique a bucarestVous avez écrit un guide touristique sur Bucarest , racontez-nous…

Le guide découle de la même idée que mes itinéraires . Quand je recherchais des documents pour étudier l’histoire, l’architecture, l’art, les habitudes de Bucarest, je ne trouvais toujours que des documents en roumain. J’ai réalisé qu’un étranger qui veut connaître la ville et ne comprend pas le roumain se retrouve avec les guides généraux classiques qui ne donnent pas une image complète de la ville, et ne présentent pas l’ensemble de la richesse culturelle et historique de ce lieu. Par conséquent, j’ai pensé à mettre mes itinéraires par écrit et dire dans un livre ce que j’explique au cours de mes visites. Le guide est bilingue, anglais / roumain et mon idée est de faire cinq ou six petites éditions de poche, autant que les itinéraires, un petit guide maniable que vous pouvez lire pendant que vous marchez, et qui vous dit rue par rue ce qui est caché et qu’aujourd’hui vous ne pouvez plus voir. Le premier guide est sur le centre historique, et il y a une raison précise à cela: pendant vingt ans, le centre historique a été l’endroit le plus dégradé de la ville, totalement abandonné. Il y a eu des tentatives pour restaurer un peu, mais à la fin la logique de l’argent a gagné et presque tous les bâtiments anciens ont été transformés en restaurants et bars, les petits magasins et boutiques d’antiquités disparaissant, et transformant le centre historique en une zone de vie nocturne. Cependant, ceux qui ont ouvert ces bars ont restauré les rez-de chaussées (souvent sans respect de l’architecture originale), en laissant le reste du bâtiment en ruines. Il est aisé de comprendre que la ville avait un passé riche et glorieux. Au 18ème siècle, Bucarest était une sorte d’Istanbul, carrefour des biens, des cultures, des caravanes en provenance et à destination de l’’Asie, de toutes sortes de métiers. Aujourd’hui, vous ne voyez rien de cela , mais mon guide explique comment les choses étaient à cette époque, et qu’aujourd’hui où vous voyez bars et restaurants, il y avait des caravansérails, que chaque rue appartenait à un ordre d’artisans ou commerçants, et que vous pouviez acheter tout acheter, des fourrures de martre aux onguents miraculeux. Le guide est aussi plein de vieilles photos, des cartes, des dessins qui aident à imaginer.

Une fois que vous aviez l’idée, comment avez-vous fait pour organiser le guide?

C’était un projet que je voulais faire à tout prix. Il m’a fallu plus d’un an et j’ai eu de la chance parce que j’ai rencontré des collaborateurs exceptionnels: Emma a pris soin du graphisme, mais en fait, c’est comme si elle a participé à l’ensemble du processus, car elle a été impliquée dans de nombreux autres aspects, un bon ami à moi à volontiers traduit le guide en anglais, alors que j’ai payé pour la traduction en roumain. Afin de trouver des images, des photographies anciennes, des cartes du début du 20ème siècle, j’ai consulté minutieusement les archives de Bucarest, je suis allée dans les musées, les bibliothèques, et je dois dire que tous ont ouvert leurs portes avec enthousiasme, ils m’ont laissé tout scanner gratuitement et sans aucun problème. En effet, le contact avec le directeur d’un musée particulier, a été très intéressant, il m’a expliqué des choses que je ne connaissais pas.

Ensuite, j’ai commencé à chercher des sponsors. En attendant, je n’avais de façon informelle pris contact avec le directeur de l’institut qui fait la promotion de Bucarest. Elle a aimé mon idée immédiatement, et a été surprise qu’un étranger ait décidé d’écrire un guide sur l’histoire de sa ville. Elle a couvert toutes les dépenses (malheureusement pas mon salaire!), de sorte que j’ai pu publier en quelques mois. Il est désormais vendu dans une librairie anglaise, mais j’ai aussi vendu de nombreux exemplaires dans les bazars de Noël et aux clients que je prend pour des tours; une énorme satisfaction!

guide touristique a bucarest

Ursula (gauche) avec Cristina Ali Farah et Claudiaexpat à Bucarest

 

Et nous voyons ici l’aspect multitâche de beaucoup de vos initiatives. Je ne peux m’empêcher de penser à ce que vous avez réussi à organiser pour l’exposition Expatclic en 2009. Cela peut aussi être considéré comme une expérience professionnelle?

Certainement oui, du point de vue de la découverte de plusieurs de mes talents cachés. Afin d’organiser cette exposition, je devais me concentrer sur des aspects plus pratiques et pas nécessairement sur ma créativité artistique. Je n’aurais jamais pensé être capable d’organiser un tel événement, mais je l’ai fait, même s’il y a eu beaucoup de problèmes à résoudre. De la recherche de commanditaires aux contacts avec notre ambassade, de la préparation du catalogue aux invitations, de l’organisation du forum à la direction artistique de l’exposition. En fin de compte c’était un événement très complet et j’ai été très heureuse.

Vous avez gagné le deuxième prix du concours photo Expatclic (et d’autres prix) parce que vous êtes un très bon photographe. Comment avez-vous entraînez-vous?

J’ai appris toute seule. J’ai récemment rejoint un cours de photo organisé localement, ce qui m’a appris quelques trucs mais rien de plus. Comme j’adore Bucarest et je considère que c’est un endroit intéressant et unique en Europe, avec son charme citadin avec de petites maisons, des jardins et des animaux, j’ai été naturellement amenée à photographier ses nombreux aspects, ses beautés qui sont en train de disparaître. En effet, l’autre prix que j’ai gagné était dans un concours organisé par l’association francophone d’accueil sur comment les femmes voient la Roumanie.

guide touristique a bucarest

Que diriez-vous à ceux qui veulent démarrer votre même chemin que guide touristique à l’étranger?

Tout d’abord que ce n’est pas difficile, tout ce que vous avez à faire est de commencer petit à petit et de créer un cercle de clients, en prenant soin de choisir des visites spécifiques qui pourraient ne pas être proposées par d’autres guides, car les touristes qui ne font que passer veulent avoir une vue d’ensemble. Il est important de faire passer le message par le bouche à oreilles parmi vos compatriotes, puis à l’école, à l’institut culturel de l’ambassade, les entreprises. A Milan, j’avais l’habitude de travailler comme je le fais ici, avec les écoles, les touristes, les touristes , les entreprises, etc

D’un point de vue administratif, chacun peut gérer ses revenus en fonction du pays où elle vit. Si vous émettez des factures de paiement italiens et votre revenu est inférieur à 5.000 euros par an, vous n’avez même pas besoin de faire une déclaration d’impôts. Certains pays n’ont même pas besoin d’un permis pour faire venir les touristes. Chaque cas a ses propres particularités, mais il est important de savoir qu’il s’agit d’une profession qui peut facilement être pratiquée à l’étranger, car partout dans le monde il y a des choses à découvrir et à proposer.

Si vous retourniez en Italie, que rapporteriez vousv d’un point de vue professionnel après cette période à l’étranger?

Certes, le fait de ne pas avoir interrompu ma carrière, mais aussi et surtout le trésor d’une nouvelle langue. Si la crise cessait et les Roumains revenaient visiter l’Italie, comme cela s’est produit dans les premières années après 2000, je n’aurais aucun problème à les guider. Ce serait un grand avantage pour revenir dans le cercle des agences touristiques de Milan.

Merci beaucoup Ursula, et meilleurs voeux pour l’avenir!

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