Home > Hommes Expatriés > Une leçon de vie et d’humanité: l’histoire de Michele Cantoni en Palestine
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Nous sommes vraiment heureux et honorés de vous présenter aujourd’hui Michele Cantoni. Michele est un musicien italien qui après avoir visité la Palestine a décidé d’y revenir pour y rester pour toujours. Sur une période de quinze ans Michele a beaucoup fait pour la musique en Palestine. Il nous dit tout dans cette interview intéressante. Merci Michele.


Comment es-tu arrivé en Palestine et qu’est-ce qui t’a poussé à y rester? Peux-tu partager un peu de ton trajet professionnel?

Je suis allé en Palestine, par curiosité, pendant deux semaines en 2003. Ces deux semaines ont littéralement transformé ma vie. Je vivais à Londres à cette époque, j’étais un violoniste occupé et un professeur indépendant et j’ai découvert la question palestinienne en lisant de nombreux articles et livres, notamment ceux de l’intellectuel palestinien Edward Said.

palestineEn 2002, une jeune femme qui avait fait du bénévolat dans un camp d’été dans un centre culturel pour enfants à Bethléem m’a mise en contact avec le directeur du centre et un an plus tard, je suis arrivé à Bethléem, très excité mais aussi assez inquiet des dangers auxquels je devais m’attendre.
J’ai vite découvert que je n’avais rien à craindre et j’étais captivé par les gens que je rencontrais, leur créativité, leur humanité et l’incroyable esprit avec lequel ils font face à toutes sortes d’adversités.
À la fin de ces deux semaines, je suis retourné à Londres, fasciné et enthousiasmé … et déterminé à déménager en Palestine, ce que j’ai fait un an plus tard.

…il reste un problème fondamental: les opportunités de se produire pour les musiciens professionnels sont rares en Palestine.

De 2004 à 2015, j’ai travaillé, à différents degrés de responsabilité, dans l’une des
plus grandes écoles de musique: Le Conservatoire National de Musique Edward Saïd, une institution privée avec des filiales à Jérusalem, Ramallah, Bethléem, Naplouse et Gaza. A partir de 2010, j’étais le directeur académique du Conservatoire et directeur artistique de ses ensembles, y compris l’Orchestre national de Palestine et l’Orchestre des jeunes de Palestine lesquels vivent grâce à des projets définis.
En 2015 j’ai démissionné du Conservatoire, pour trouver l’indépendance et le temps nécessaires pour développer des initiatives indépendantes que je considérais comme essentielles pour compléter le travail réalisé par les écoles de musique là-bas.

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Une initiative a été la création des premières écoles de chant pour enfants en Palestine. En été 2015, avec ma femme, Mathilde Vittu (Professeur au Conservatoire de Paris) nous avons créé Amwaj (Vagues en arabe).

Tu es le directeur de la Palestine Philarmonic Society qui suggère “d’offrir des opportunités professionnelles sans précédent et une formation professionnelle aux musiciens palestiniens, afin de combler le fossé entre leur vie éducative et professionnelle et lutter contre l’exode des talents en permanence”. Peux-tu nous parler de cette fuite de talents et de la situation des jeunes musiciens palestiniens sous l’occupation israélienne?

La deuxième initiative que j’ai lancée depuis 2015 est maintenant connue sous le nom de Philarmonie Palestine (plus d’info ici), une institution culturelle majeure visant à aider les musiciens (étudiants, amateurs ou professionnels) et écoles de musique en Palestine.
La «fuite des talents» en cours (les musiciens des territoires occupés quittent le pays) est
en partie liée aux difficultés et aux frustrations de la vie sous occupation militaire, mais également en grande partie à l’absence d’une politique culturelle locale adaptée.
Les institutions et programmes d’éducation musicale ont prospéré à travers la Palestine au cours des vingt dernières années. Ils ont joué un rôle formidable dans la promotion et la diffusion de la musique donnant accès à des activités musicales à un nombre croissant d’enfants et d’adultes.
Une caractéristique importante du succès de la scène de l’éducation musicale en Palestine est la croissance du nombre d’étudiants en musique qui choisissent de poursuivre une carrière dans la musique. Les anciens étudiants des écoles de musique de Palestine peuvent enseigner en Palestine après quelques années de spécialisation à l’étranger, beaucoup d’entre eux trouvent un emploi en tant que professeur à temps plein.

palestineDans ce cadre, cependant, il reste un problème fondamental: les opportunités de se produire pour les musiciens professionnels sont rares en Palestine.
Les musiciens doivent avoir des opportunités professionnelles autres que l’enseignement, si non ils seront encouragés à quitter le pays, comme je l’ai vu à plusieurs reprises au cours des 10 dernières années.
En outre, les musiciens palestiniens de la diaspora et les musiciens étrangers sont peu susceptibles – en effet souvent réticents – de déménager en Palestine parce que, en tant que professionnels, ils ont besoin de se produire.
La seule solution est de s’assurer que la scène musicale professionnelle devienne plus attrayante pour les artistes et professeurs. C’est là que la Philharmonie de Palestine trouve sa raison d’être: créer les conditions pour qu’un nombre croissant de musiciens palestiniens participent à la vie culturelle du pays, pour assurer la continuité de l’offre culturelle locale et attirer des artistes d’autres nations.

J’ai vécu en Palestine pendant quatre ans et je sais ce que cela signifie de faire constamment face à l’injustice à laquelle les Palestiniens doivent faire face quotidiennement. Comment fais-tu face à cette difficulté, en étant toujours impliqué dans la vie culturelle palestinienne?

Les Palestiniens de Cisjordanie sont soumis à une forme sadique et humiliante de contrôle, qui comprend les murs, les postes de contrôle, et un système complexe de permis que les Palestiniens doivent demander s’íls veulent sortir de la Cisjordanie (aller à l’étranger, ou même se rendre à Jérusalem). De tels permis sont souvent refusés, sans raison particulière et à caractère aléatoire.

palestineDevoir vivre avec les injustices, les humiliations et les restrictions n’est pas une chose facile, mais les Palestiniens ont une extraordinaire capacité à réagir en développant leur créativité, en improvisant des solutions, sans laisser la frustration dominer leur vie, et avec un sens étonnant de l’humour. Cette attitude a été pour moi une leçon de vie et d’humanité édifiante depuis ma toute première visite en Palestine.

Michèle et Mathilde ont lancé une campagne (en anglais ici et en français ici) de collecte de fonds pour couvrir les coûts de la tournée Amwaj en France cet été. Vous pouvez en apprendre plus en consultant le projet Amwaj. SVP, faites un don pour aider ces jeunes musiciens à voyager en France.

 

Michele Cantoni
Palestine
Mai 2018
Interview de Claudiaexpat
Photo Credit ©MicheleCantoni
Traduit de l’anglais par Carolexpat

 

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